Textes de Pierre Desproges 18 mars au 12 avril 2015

Vivons heureux en attendant la mort, d’après les textes de Pierre Desproges. Nous vous invitons à venir découvrir un savant de l’humour dont la pensée est parfois correctement politique mais jamais politiquement correcte. Ce qu’il a écrit est intelligent, érudit et pourtant drôle.

CALENDRIER DES REPRÉSENTATIONS

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représentation en matinée (15h)
représentation en soirée (20h15)

DISTRIBUTION

Avec Dominique Rongvaux
Mise en scène Fabrice Gardin
Scénographie Pierre Martens
Lumières Félicien van Kriekinge

QUELQUES PHOTOS

POUR EN SAVOIR PLUS

L’esprit ouvert, la plume acérée, Desproges maniait la critique ironique sur bon nombre de sujets.

Pourquoi riez-vous ? J’aimerais tellement vous émouvoir… disait Desproges.

Et il y arrivait, à faire rire et à émouvoir car son talent était dans la réplique cinglante autant que dans la pudeur des vérités. Derrière la gaieté du clown se cachait (à peine) un métaphysicien de la vie. Un misanthrope ouvert au monde. Monter Desproges, c’est penser aux matins glauques, mais aussi aux lendemains qui chantent.

« Le temps de Desproges, c’est toujours le nôtre. Morceaux de bravoure et aphorismes pourfendant la bêtise mais aussi vibrant de compassion et d’angoisse, les textes de Pierre Desproges n’ont pas vieilli d’une virgule et Dominique Rongvaux, seul en scène, a tous les talents pour rendre justice à cette écriture stylée, éblouissante : la maîtrise du souffle, une certaine nonchalance mélancolique, une manière de dire ciselée. Un spectacle jubilatoire, savamment dosé entre histoires drôles et moins drôles. »

Le Soir

« Les aficionados apprécieront, les béotiens ont tout un univers à découvrir. Quelle chance. »

La Libre

Le lien vidéo ci-dessous vous parle de la création du spectacle…

PRESSE

Le Soir : ici !

La Libre

MAD

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INTERVIEW

Interview de Fabrice Gardin & Dominique Rongvaux

 Pourquoi cette envie de mettre en scène des textes de Desproges ?

Fabrice Gardin : J’ai toujours aimé sa façon d’utiliser les mots : la manière qu’il a de les agencer, de construire ses phrases, de faire passer quelque chose. C’est donc avant tout une envie stylistique. Il faut savoir que c’est un projet qui remonte très loin ! Je me souviens que je regardais La minute nécessaire de monsieur Cyclopède avec mon oncle quand j’étais plus jeune. On était les deux seuls de la famille à aimer ça, d’ailleurs ! J’en ai gardé un grand souvenir… Ensuite j’ai vu les spectacles de Desproges à la télé, je les ai enregistrés et je me les repassais quand j’étudiais à l’université. C’est toujours resté un projet que je voulais réaliser… j’attendais le bon interprète !

 Justement, pourquoi avoir choisi Dominique ?

F : Je suis le premier à avoir fait passer une audition à Dominique !

Dominique Rongvaux : Pour La Mouette au Théâtre des Galeries, c’est vrai.

F : Dès cette première rencontre, je lui ai trouvé quelque chose de très intéressant : je trouvais qu’il avait une voix incroyable ! Et puis Dominique est revenu quelques fois aux Galeries et, à chaque fois, je me disais que le jour où il arriverait à mieux connaître son corps de comédien et à harmoniser ses mouvements avec sa voix et avec son phrasé, il cartonnerait en solo !

Il n’a pas eu besoin de moi pour ça, il l’a fait avec Eloge de l’oisiveté. Quand je suis sorti de ce spectacle, je dois bien avouer que je n’ai pensé qu’à une seule chose ! Ce n’était pas au fait que je venais de voir un spectacle extraordinaire mais que j’allais proposer les textes de Desproges à Dominique ! Et c’est comme ça que ça a démarré.

 Pourquoi avoir choisi de nommer le spectacle « Vivons heureux en attendant la mort » ?

F : C’est une phrase de Desproges qui illustre bien son personnage. Il a vite compris une chose que tout le monde sait mais refuse d’accepter : on ne naît que pour mourir. Ce n’est peut-être pas très gai comme philosophie, mais à partir de là, on peut tout faire ! Desproges s’est laissé porter par la vie. Il a expliqué dans une interview qu’il n’avait eu aucune prétention à devenir une vedette et il n’aurait jamais fait de scène si Guy Bedos ne l’y avait pas traîné de force !

 Dominique, n’avez-vous pas été trop stressé à l’idée d’enfiler les chaussures de Pierre Desproges ?

D : Pas vraiment. J’aborde Desproges comme n’importe quel auteur de théâtre, comme j’aborderais Molière ou Jean-Claude Grumberg. Que cet auteur ait déjà interprété lui-même sur scène ses propres textes ne change pas grand-chose à mon approche. Je ne me compare pas à lui.

F : On n’a pas fait un spectacle d’imitation de Pierre Desproges, ce qui n’est de toute façon pas possible. Dominique se réapproprie les textes écrits par un gars qui s’appelle Pierre Desproges. Nous avons fait en sorte que cette réappropriation soit spectaculaire, dans le sens de faire un bon spectacle. C’est ça notre boulot !

 Le spectacle met en scène une sélection des textes de Desproges. Le choix n’a-t-il pas été trop difficile ?

F : L’idée de départ était de reprendre l’un des deux spectacles de Desproges en intégrale. Mais on s’est vite rendu compte que certains textes avaient vieilli ou étaient trop référentiels. Dominique avait aussi envie d’introduire d’autres textes. C’est pourquoi nous avons opté pour une mixité dans les textes : il y a ceux qui ont connu l’épreuve de la scène, et ceux qui ne sont passés qu’une seule fois à la télé ou à la radio. Certains sont des inédits que Desproges n’a pas jamais utilisés lui-même.

D : L’inconvénient de reprendre en intégrale un des spectacles, c’est que la plupart des sketches sont très connus… C’est comme de reprendre Ne me quitte pas de Brel. C’est difficile car tout le monde connaît la chanson par cœur !

F : Avec ce spectacle, on espère donner aux gens le plaisir de (re)découvrir des choses. Avec notre sélection, je pense qu’il y a moyen de toucher à la fois ceux qui sont des familiers de Desproges et ceux qui ne le connaissent pas du tout.

D : Je crois, finalement, qu’il y a un mélange de tout ce que nous aimons chez Desproges, à la fois une écriture éblouissante et un humour féroce, un mépris pour la connerie humaine, mais également, dans plusieurs textes moins connus, une sorte de compassion pour les êtres brisés, une tendresse pour ceux qui tentent de vivre tant bien que mal.

 Pourriez-vous commenter cette citation de Desproges : « C’est pas ma faute, mais je hais l’humanité ».

D: C’est un aspect de sa personnalité avec lequel j’ai eu du mal au début. J’ai relu tous ses textes pour préparer le spectacle, et ce pessimisme m’a d’abord un peu effrayé. Ce n’était pas la direction que je voulais prendre, peut-être parce que j’ai moi-même un côté misanthrope et que j’essaie de me soigner. Mais je me suis vite rendu compte qu’il y a beaucoup d’autres choses chez Desproges. S’il avait tant détesté l’humanité, il ne se serait pas embêté à écrire des chroniques quotidiennes pour la radio ou à monter sur scène des centaines de fois. Il a dit aussi : « Je suis un misanthrope qui a besoin des autres. C’est très dur à vivre. » Je pense que Desproges est comme beaucoup de faux misanthropes, qui en réalité, aiment trop les humains pour les tolérer médiocres ; il ne leur passe rien, il leur demande la lune et il est presque toujours déçu.

F : Desproges dit que sa misanthropie remonte à son service militaire… Ce qu’il veut dire quand il dit qu’il hait l’humanité, c’est qu’il n’aime pas le groupe. Comme Léo Ferré.

D: Et comme Georges Brassens, qui disait : « Dès qu’on est plus de quatre, on est une bande de cons ! »

F : Je me souviens d’une très belle interview où on lui demande pourquoi il monte sur scène en public tous les soirs s’il n’aime pas la foule, et il répond que ce n’est pas la même chose car, sur scène, il est devant les gens et pas au milieu des gens. Et puis, il y a aussi tout le jeu de Desproges ! Quand il dit « je hais l’humanité », c’est aussi une façon de dire « je peux parler de tout, je peux frapper sur tout le monde ». Il écrase le Front National, mais il tape tout aussi bien sur la gauche.

D : Pierre Desproges n’est ni de gauche ni de droite. Il ne croyait pas du tout à l’engagement politique.

F : D’ailleurs, il a dit qu’il n’avait jamais signé aucune pétition ou participé à aucune manifestation. Il est contre ce genre de choses. Il n’a jamais participé à un spectacle de bienfaisance non plus. Ce qui ne l’empêchait pas de donner à des œuvres en cachette.

 A votre avis, peut-on rire de tout et avec tout le monde ?

D : La réponse est dans le spectacle… Je pense qu’il faut rire de tout, et d’abord de soi-même. Ce que je préfère chez Desproges, c’est son autodérision. Quant à rire avec tout le monde, c’est plus difficile. Surtout qu’on ne se fait pas toujours bien comprendre. Par exemple, Bedos raconte qu’il faisait un sketch se moquant des Arabes ; il se moquait en réalité des racistes, évidemment. Pourtant, il y avait toujours quelqu’un pour venir le féliciter à la fin du spectacle en lui disant « Ah Bravo, qu’est-ce que vous leur avez mis aux Arabes ! » Je me suis moi-même retrouvé dans cette situation quand je jouais le rôle d’un raciste grand format dans la pièce de Jean-Claude Grumberg, Les gens bien n’osent plus sortir le soir. Dans la salle, la majorité du public comprenait que je jouais un rôle, n’empêche que plusieurs fois, au bar, quelqu’un m’a dit : « Ce n’est pas faux ce que vous dites dans la pièce ». Là, c’est très dur…

F : Je pense que ce qui est vraiment intéressant chez Desproges, c’est qu’il provoque des réactions. Il va parfois très loin. Même quand il sait qu’il ne va pas faire rire tout le monde, il y va. C’est un provocateur-né, il appuie où ça fait mal.