de William ShakespeareDu 20 octobre au 14 novembre 2010

A Vérone, où les Montaigu et les Capulet se vouent une aversion ancestrale, Roméo, fils de Montaigu, et Juliette, fille de Capulet, tombent éperdument amoureux l’un de l’autre. Si les amants de Vérone sont promis au tragique, c’est que le destin leur est hostile. Roméo et Juliette sont nés sous une mauvaise étoile, ils sont victimes d’une suite de circonstances malheureuses qui mettront à mort leur amour et feront de leur histoire un mythe. Et pour cette nouvelle version, c’est Georges Lini, pour la première fois également aux Galeries, qui s’y attelle.

CALENDRIER DES REPRÉSENTATIONS

Pour réserver, cliquez sur le segment rouge ou orange de la date souhaitée dans le calendrier.

représentation en matinée (15h)
représentation en soirée (20h15)

DISTRIBUTION

Roméo Damien De Dobbeleer
Juliette Cécile Delberghe
Escalus, prince de Vérone Nicolas Ossowski
Paris, jeune gentil homme Xavier Mailleux
Montaigu Bruno Georis
Lady Montaigu Catherine Claeys
Mercutio Steve Driesen
Benvolio Emmanuel Dekoninck
Capulet Yves Claessens
Lady Capulet Bernadette Mouzon
Tybalt, neveu de Lady Capulet Emmanuel Dell’Erba
La nourrice de Juliette Martine Willequet
Grégoire, serviteur de Capulet Michel Hinderyckx
Frère Laurent, franciscain Thierry Janssen
Abraham / Balthazar Marc De Roy
Samson / Pierre / Frère Jean Toni d’Antonio
Mise en scène Georges Lini
Décors Marcos Vinals Bassols
Costumes Françoise Van Thienen
Chorégraphie des combats Jacques Cappelle

QUELQUES PHOTOS

Photos : Fabrice Gardin

POUR EN SAVOIR PLUS

Pourquoi faut-il que l’amour, si doux en apparence, soit si tyrannique et si cruel à l’épreuve !

Roméo Montaigu et Juliette Capulet s’aiment d’un amour pur. Malheureusement, leurs deux familles se vouent une haine aussi parfaite et immortelle que la passion qu’ils éprouvent l’un pour l’autre. Dès le lendemain de leur rencontre à un bal masqué, ils demandent à Frère Laurent de les marier secrètement. L’ecclésiastique accepte.

Leur amour est unique, comme la nuit qui les unit après les serments. « Veux-tu donc partir ? demande Juliette à Roméo, le jour n’est pas proche encore : c’était le rossignol et non l’alouette dont la voix perçait ton oreille craintive… » Mais, hélas, c’était bien l’alouette, messagère de l’aube ! Il faut partir et vivre – ou rester et mourir. Cruel dilemme pour Roméo.

A peine les amoureux ont-ils touché le paradis qu’ils sont obligés de se séparer. Existe-t-il mythe plus vivace que celui des amants de Vérone ?

L’amour est une fumée de soupirs ; dégagé, c’est une flamme qui étincelle aux yeux des amants ; comprimé, c’est une mer qu’alimentent leurs larmes.

« Roméo et Juliette » est une œuvre tour à tour tendre et précieuse, lyrique et gaie, brillante et poignante, avec des scènes au sortilège immortel comme le bal, le balcon, la mort de Mercutio, la chambre de l’aurore ou le tombeau. L’inlassable génie shakespearien ne laisse rien au hasard. La moindre scène garde cette inimitable marque qui donne du prix à presque tous les instants et scelle le dialogue d’innombrables merveilles.

Il existe diverses manières de reconstituer ce drame. L’adaptation de Georges Lini est profondément humaine d’un bout à l’autre. Dans une langue moderne, à la portée de tous, elle traduit admirablement la richesse du vocabulaire shakespearien.

Victor Hugo, dans son délire verbal, définit ainsi Shakespeare : «C’est la mamelle gonflée, la coupe écumante, la cuve à plein bord, la sève par excès, la lave en torrents, les germes en tourbillons, la prodigalité insensée et tranquille. Il est sauvage comme la forêt vierge, ivre comme la haute mer ».

Quoique l’éloge du génial dramaturge nous paraisse plutôt explosif, il nous faut reconnaître que « Roméo et Juliette » marche avec une sorte de rythme éperdu, si vaste qu’il chancelle et donne le vertige, si puissant qu’il atteint à la véritable grandeur.

Le début est orageux : les injures éclatent, les épées se dégainent, les rixes s’aiguisent. Déjà, s’ouvrent les deux branches d’une tenaille qui, implacablement, va broyer les destins fatidiques des deux amants. Roméo, c’est le héros jeune et séduisant, dévoré par l’amour et soupirant comme un beau ténébreux. A peine a-t-il vu Juliette, qu’il est criblé par ce trait brûlant qu’est la flèche d’Eros. Il ne vit que par elle, au point qu’il pourrait gémir comme le poète délaissé : « Un seul être me manque et tout est dépeuplé, ».

Juliette, dont l’âme est vierge comme une page blanche s’émeut du premier baiser. Et ce seul baiser la lie à jamais à son initiateur, entièrement, tragiquement.

Vérone, une guerre civile, une fête rythmée au cliquetis des épées entrechoquées, un balcon où s’échangent éperdument des serments d’amour, le frère Laurent qui compatit à leur sort pitoyable, un meurtre, un exil, les violons qui sanglotent pour les funérailles, un époux qui espère, un message qui s’égare, le poison, le retour nocturne, et la suite de ces lamentables méprises qui conduisent les deux amants à leur tombeau : voilà tout le sortilège envoûtant de cette frénétique tragédie !

GEORGES LINI

 Qu’est-ce qui pousse un metteur en scène à relever le défi Shakespeare aujourd’hui ?

D’abord le vertige. Quand on lit du Shakespeare on est happé par la richesse de l’œuvre, par la grandeur des sentiments et par l’ivresse de la poésie. Une question s’impose alors automatiquement : comment traduire tout cela sur une scène ? Comment faire pour que ce qui sera montré ne soit pas réducteur ? Comment transmettre au spectateur mon vertige ? C’est alors qu’on choisit soit de reposer le bouquin sur l’étagère soit de se relancer dans une énième lecture et de remonter ses manches.

Ensuite quand on est metteur en scène et que l’on monte un auteur classique on se doit de se demander en quoi ce dernier est notre contemporain. Monter une pièce uniquement comme « témoin » ou « vestige » d’un monde passé et révolu ne m’intéresse pas. Le propos doit concerner le spectateur. Ici, avec Roméo et Juliette la pertinence du propos est évidente. On peut monter la pièce comme si elle avait été écrite sur commande. En quatre siècles, seules les armes ont changé. Les enjeux de la pièce, les thèmes sont, malheureusement, toujours d’actualité. Roméo et Juliette est un cri contre la bêtise et l’intolérance. Deux beaux fléaux avec lesquels nous composons au quotidien.

 Pourquoi Roméo et Juliette est-il ton texte préféré de Shakespeare ?

Roméo et Juliette est l’un de mes livres de chevet. C’est tout simplement un chef d’œuvre. C’est une œuvre culte qui fait partie de la conscience collective. Elle nous invite au rêve et à l’effroi. C’est un voyage bouleversant.

 Pourquoi une nouvelle adaptation ?

Je voulais d’un texte qui soit au plus près de mes désirs de metteur en scène. Je travaille beaucoup sur l’énergie des acteurs, de l’émotion, de leur plongée dans la parole, d’un jeu organique. Mais je voulais dans le même temps respecter la beauté de l’œuvre. Pas question de banaliser la langue de Shakespeare. Il fallait donc trouver le juste milieu que je ne trouvais pas dans les textes dont je disposais. Cette adaptation s’est donc imposée à moi le plus naturellement du monde.

 Quels sont les qualificatifs que tu mettrais sur le texte de Shakespeare ?

La langue de Shakespeare est organique, sauvage, violente et poétique. Ses personnages parlent, agissent et réfléchissent ensuite. La parole n’est jamais le fruit de la réflexion. Ils sont instinctifs.

 Quelles sont les lignes directrices de la distribution ?

Je veux donc des acteurs qui plongent dans la parole. Qui se soucient avant tout de la violence et de l’émotion que véhiculent leurs paroles. La poésie du texte, l’auteur s’en est chargée, elle sera présente. La clarté du texte je devrais m’en être chargée donc l’acteur ne devra pas expliquer le texte. Surtout pas. La parole doit être avant tout porteuse d’émotion.

 Sur quoi se base le projet scénographique ?

Je n’aime pas les décors « réalistes ». La théâtralité et la poésie de mon travail passent toujours par la scénographie. J’aime que d’emblée les gens se disent que ce à quoi ils vont assister c’est du théâtre. Je ne veux pas faire semblant que ce qu’ils voient est la réalité. Comme une fausse place de Vérone avec un faux balcon. Nous sommes donc partis avec Marcos de l’idée du théâtre élisabéthain. Et nous avons placé une scène (élisabéthaine) sur la scène de notre théâtre. Shakespeare envahit la place. Et par la magie du théâtre, de celle de notre scénographe, et de l’imaginaire du public, cette scène sera à tour de rôle la place de Vérone, la chambre de Juliette, le caveau, etc.

 Quelles furent tes demandes à Françoise Van Thienen au niveau des costumes ?

J’ai demandé à Françoise de créer des costumes élisabéthains. Ou plutôt d’influence élisabéthaine. L’histoire se déroule à l’époque de Shakespeare, sur une scène « de Shakespeare » avec le texte de Shakespeare. Il y a une cohésion. Car comme pour le texte, comme pour la scéno, je veux éliminer le superflu. Je veux que les costumes soient brutes, simples, sans fioriture.

WILLIAM SHAKESPEARE

L’enfance de l’art

L’enfant est baptisé un 26 avril 1564. C’est la première date, sûre, dont on dispose pour William Shakespeare. On en déduit couramment qu’il est né trois jours plus tôt, le 23 avril 1564, à Stratford-upon-Avon, la même année que Galilée. Son père John Shakespeare, gantier, occupe des responsabilités importantes au sein de la municipalité. Il deviendra maire de la ville en 1568. Sa mère se nomme Mary Arden. Le fils William fréquente probablement l’excellent collège de Stratford, mais il n’intègre pas l’université. Adulte, il épouse Anne Hathaway, qui donne naissance à une fille, Susanna, puis à des jumeaux, Hamnet et Judith, dès 1585.

En 1592, William Shakespeare, à moins de trente ans, est un comédien notoire à Londres, puisqu’il voit même son jeu violemment attaqué par les critiques de l’époque. Il n’est pas pour autant célèbre. Jusqu’en 1594, ses premières pièces, La Mégère apprivoisée, Henri VI, Titus Andronicus et Richard III, notamment, voient le jour. Il écrit, durant cette même période, plusieurs volumes de poèmes, dont Le Viol de Lucrèce et les Sonnets, qui ne seront publiés qu’une dizaine d’années plus tard. Cette période, pourtant, est marquée par de très graves épidémies de peste qui interrompent l’existence des troupes de théâtre.

Roméo et Juliette, entre autres œuvres de jeunesse

En 1595, entre Peines d’amour perdues, Richard II, et Le Songe d’une nuit d’été, Shakespeare écrit Roméo et Juliette. Il est alors l’un des membres de la compagnie du lord Chambellan, illustre homme de la cour qui en organise toutes les festivités. Shakespeare occupe une place importante dans la vie des arts et du spectacle anglais. Homme de théâtre à part entière, il est cogérant, comédien et auteur attitré de sa compagnie. Il ne s’intéresse pas pour autant à la publication de ses œuvres, propriétés de sa troupe. Il existe d’ailleurs, à ce jour, pour unique élément édité de référence, un recueil de trente-six pièces publié en 1623, soit sept ans après la mort de Shakespeare. Nous ne disposons d’aucun manuscrit théâtral rédigé de sa main. Cela explique notamment la profusion des légendes quant à son existence.

L’approche de la maturité

Jusqu’en 1599, Shakespeare a donc déjà amoncelé une œuvre de grande importance, reconnue, célébrée. Elle est essentiellement constituée de comédies, dont Beaucoup de bruit pour rien ou Comme il vous plaira, ainsi que de pièces à caractère historique, retraçant quelques grands pans de l’histoire anglaise, telles Le Roi Jean, les deux parties de Henri IV, ou Henri V. En approchant la quarantaine, William Shakespeare s’attaque à de grands monstres de l’histoire universelle, parfois inspirée par des épopées romaines. C’est le cas pour Titus Andronicus ou Jules César, en 1599, pièce qui aurait inauguré le théâtre du Globe. Il écrit alors ses grandes tragédies. Hamlet, dès 1601, suivi de Troïlus et Cressida, Othello, Le Roi Lear, Macbeth, Antoine et Cléopâtre, Timon d’Athènes. Ainsi choisit-on le plus souvent de considérer l’œuvre de William Shakespeare en la classant en quatre catégories : les œuvres historiques, dites histories, les comédies, les tragédies, puis les tragi-comédies. Shakespeare a près de cinquante ans quand il regagne sa ville natale, Stratford. Riche propriétaire terrien, il avait fait l’acquisition quelques années plus tôt de New Place, l’une des plus belles maisons de la ville. À Londres, il achète en 1613 une autre propriété, The Blackfriars Gatehouse. L’homme, réputé pour être un camarade fidèle, un ami noble, généreux et dévoué, meurt le 23 avril 1616, la même année que Cervantes, laissant une œuvre colossale, aussi riche que variée, au génie inégalé.