De Sébastien ThiéryDu 15 février au 11 mars 2012

La vie de M. et Mme Bélier bascule dans la quatrième dimension suite à une sonnerie de téléphone… Sébastien Thiéry n’a pas son pareil pour imposer, dès les premiers instants de la pièce, une idée forte et originale et il sait comme personne la décliner tout au long de sa comédie en y distillant, avec une fantaisie toute personnelle, du sens et du sentiment et ce, jusqu’au terme de l’action

Mais derrière la maîtrise de l’auteur se cache un comédien qui n’oublie pas d’écrire pour des acteurs, et on sait qu’il est essentiel qu’une pièce provoque le plaisir du jeu, le bonheur d’interpréter. Ainsi, lorsque Sébastien Thiéry s’amuse à imposer à ses personnages des situations qu’eux seuls peuvent essayer de déjouer, il les laisse assumer leur sort en les regardant se débattre jusqu’à la limite de la rupture, alors le plaisir est total.

CALENDRIER DES REPRÉSENTATIONS

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représentation en matinée (15h)
représentation en soirée (20h15)

DISTRIBUTION

M. Bélier Alain Leempoel
Mme Bélier Marie-Paule Kumps
Le Policier Thierry Janssen
Le Médecin Thierry De Coster
Karl Térence Rion
Mise en scène Bernard Cogniaux
Décor et costumes Lionel Lesire

QUELQUES PHOTOS

POUR EN SAVOIR PLUS

Un ovni en forme de point d’interrogation

La vie de M. et Mme Bélier bascule dans la quatrième dimension suite à une sonnerie de téléphone… Sébastien Thiéry n’a pas son pareil pour imposer, dès les premiers instants de la pièce, une idée forte et originale et il sait comme personne la décliner tout au long de sa comédie en y distillant, avec une fantaisie toute personnelle, du sens et du sentiment et ce, jusqu’au terme de l’action.

Mais derrière la maîtrise de l’auteur se cache un comédien qui n’oublie pas d’écrire pour des acteurs, et on sait qu’il est essentiel qu’une pièce provoque le plaisir du jeu, le bonheur d’interpréter. Ainsi, lorsque Sébastien Thiéry s’amuse à imposer à ses personnages des situations qu’eux seuls peuvent essayer de déjouer, il les laisse assumer leur sort en les regardant se débattre jusqu’à la limite de la rupture, alors le plaisir est total.

L’apparente irrationalité de la situation provoquée par Sébastien Thiéry ne doit en aucun cas prendre le pouvoir. Il s’agit, au contraire, à travers le jeu des comédiens et à travers l’espace scénique, de mettre en exergue un certain naturalisme afin d’éviter toute redondance, l’écueil étant de se laisser séduire par la forme empirique que nous impose le dramaturge au détriment du contenu. En effet, la question posée par l’auteur, « qui est monsieur Schmitt ? » – victime candide d’un monde qui lui échappe ou bien malade impuissant face à une névrose qui le dépasse ? – relève de la métaphysique et peut, selon l’imaginaire de tout un chacun, se prêter à une foule d’interprétations. Mais n’est-ce pas l’apanage des grands auteurs de laisser le spectateur face à son propre questionnement ?

Enfin, comme un dernier clin d’œil, notre auteur n’oublie pas qu’il y a quelques siècles, un grand dramaturge anglo-saxon laissait son héros, un certain danois, déclarer : « être ou ne pas être… ».

En effet, telle est la question !

INTERVIEW

Sébastien Thiéry nous répond…

Aviez-vous déjà entendu parler du Théâtre des Galeries ?

Oui, oui, j’ai entendu parler du Théâtres des Galeries ! Je crois qu’il y a une vingtaine d’années, j’y ai même joué dans une pièce de boulevard à l’époque où le théâtre accueillait encore des pièces de Paris !

Pourquoi avoir choisi de « transporter » Monsieur et Madame Bélier au Luxembourg et pas, disons… à Bruxelles ?!

Le Luxembourg, pour les Français en tout cas, c’est un pays dont on connaît l’existence mais que l’on trouve un peu absurde parce que personne n’y est jamais allé… On y parle français, mais aussi d’autres langues, et donc je trouvais ce pays pas mal pour plonger un bourgeois dans un univers assez absurde ! Ensuite, j’aime bien le mot : il y a un côté « luxe » et un côté « bourgeois »… et puis, tout à coup, ça fait « luxembourgeois » ! Le Luxembourg m’évoque un pays de riches… Et puis on imagine que c’est très triste le Luxembourg…

Si la pièce devait être adaptée en Allemagne (où au Luxembourg !), pensez-vous qu’elle perdrait une partie de son caractère comique ?

Je pense que si la pièce était adaptée en Allemagne, les Allemands choisiraient de la faire se dérouler au Lichtenstein, quelque chose comme ça ! J’imagine un paradis fiscal où l’on parle la même langue… Il faut un pays où l’on parle la même langue, c’est important ! Mais je ne suis pas adaptateur, je ne sais pas ce qui pour un Allemand est le plus drôle ! Il y a des petits passages de la pièce qui vont peut-être les choquer… ils vont se faire un peu insulter…

Votre pièce « Cochons d’Inde » a été adaptée à Prague et à Varsovie. Que ressentez-vous en voyant votre travail ainsi réapproprié ?

Tout d’abord, j’étais très flatté que des étrangers s’intéressent à mon travail ! A Varsovie, la pièce a été tirée vers quelque chose de beaucoup plus violent et d’absurde. C’était vraiment axé, moins vers le côté comique, mais plus vers la violence de la pièce. A Prague, au contraire, cela a été tiré beaucoup plus vers le boulevard, alors que moi j’essaye d’écrire des choses qui sont à cheval entre deux genres. Les deux adaptations m’ont beaucoup satisfait et flatté car je me suis rendu compte que l’on pouvait tirer la pièce dans un sens comme dans l’autre et… ça fonctionne !

 Le Théâtre des Galeries est situé à proximité du Musée René Magritte. Les Belges sont connus pour leur caractère « décalé ». Quelles sont donc vos attentes pour cette version « made in Belgium » ?

C’est drôle car quand on a voulu faire l’affiche de « Qui est Monsieur Schmitt ? » à Paris, on a d’abord pensé, pas directement à un tableau de Magritte parce que c’était trop cher, mais à s’inspirer d’un tableau de Magritte ! Une toile qui parle de l’identité où on voit un homme se regarder dans un miroir et, au lieu de se voir de face, il est de dos (La Reproduction Interdite, 1937). Même si je ne m’y connais pas très bien en peinture, Magritte est un peintre qui me touche beaucoup car ses images me parlent. Le fait que le Théâtre des Galeries soit proche du Musée René Magritte, c’est un beau clin d’œil ! En plus, je sais qu’il y a plein d’artistes belges que je connais, dans le cinéma notamment, qui aiment beaucoup le surréalisme et donc je suis heureux que la pièce se joue là-bas ! Ma pièce « Dieu habite Düsseldorf » a été jouée aux Riches Claires en 2007, et je sais que les Belges aiment bien mon univers !

Vous arrive-t-il de vous demander « Qui est Monsieur Thiéry » ?

Euh non ! Je crois me connaître assez bien ! Mais je pense que « Qui est Monsieur Schmitt ? » est une pièce qui parle à tout le monde, qui renvoie à tout le monde un regard sur sa vie. Tout à coup, on a l’impression que cette vie qu’on mène n’est pas vraiment celle que l’on aimerait avoir… C’est une digression mais, en l’occurrence, j’ai plutôt la tête sur les épaules… je crois ! Même si il y a toujours une part d’inconscient, c’est vrai…

Dans votre pièce, Monsieur Bélier s’indigne en s’exclamant « Je ne suis pas un dauphin ! ». Des béliers, des dauphins… mais aussi des bergers allemands et des saumons ! Toute cette ménagerie a-t-elle une signification ?

Une signification ? Non ! Ça me fait rire ! A chaque fois dans mes pièces il y a toujours un type qui s’énerve et qui crie qu’il n’est pas un animal… Dans « Qui est Monsieur Schmitt ? » c’est « Je ne suis pas un dauphin ! », dans la prochaine – où l’on essaye de faire manger du poisson à un type – il répond « Je ne suis pas un phoque ! ». Et ça me fait rire ! C’est devenu une sorte de blague… Alors, dans toutes mes pièces, il y a un mec qui s’énerve en expliquant qu’il n’est pas quelque chose. Dans « Cochons d’Inde » ce n’était pas un animal, le type s’exclamait « Je ne suis pas une moto ! » parce qu’on voulait l’attacher… Mais c’est vrai que j’utilise souvent des noms de bêtes… parce que ça me fait rigoler, tout simplement !

Si vous pouviez adapter une œuvre existante « à votre sauce », laquelle choisiriez-vous et pourquoi ?

Je ne me suis jamais posé la question ! C’est que les œuvres existantes que j’aime, je n’ai pas envie de les adapter… Je les trouve très bien comme elles sont ! Mais je dois dire qu’il y a un film que j’adore et qui m’a vraiment inspiré à écrire « Qui est Monsieur Schmitt ? », ce film c’est « Caché » de Mikael Hanneke. C’est l’histoire d’un bourgeois joué par Daniel Auteuil qui travaille à la télé. Et puis, un jour, il commence à recevoir des cassettes vidéo où l’on filme l’entrée de chez lui dans sa boîte aux lettres, et il comprend qu’il est filmé par quelqu’un qu’il ne connaît pas, il ne sait pas pourquoi et il se sent de plus en plus agressé… J’aime bien l’idée que quelqu’un qui n’a rien à se reprocher, qui a une vie normale, se retrouve tout à coup persécuté au point où sa femme et lui vont se demander si ils n’ont pas fait quelque chose de mal. Mais moi, je fais des pièces drôles, bien sûr ! Je suis obsédé à l’idée que les gens rient à mes pièces !

Interview de Laureen Norman