de Barillet et Grédydu 20 avril au 15 mai 2016

Le spectateur est entraîné de rebondissements en situations stupéfiantes qui ne lui laissent pas le temps de souffler. Alors, au diable la réalité et le sérieux de la vie, et vive la comédie de boulevard dans ce qu’elle a de meilleur à offrir.

CALENDRIER DES REPRÉSENTATIONS

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représentation en matinée (15h)
représentation en soirée (20h15)

DISTRIBUTION

Avec Marie-Paule Kumps, Bernard Sens, Bruno Georis, Cécile Florin, Marie Braam et William Clobus

Mise en scène Nathalie Uffner
Décors et Costumes Charly Kleinermann et Thibaut De Coster

QUELQUES PHOTOS

Photos : Martin Gallone / www.martingallone.be

POUR EN SAVOIR PLUS

Suzanne Pujol est la femme soumise d’un riche industriel, aussi désagréable avec sa famille qu’avec ses ouvriers. Elle n’a pour toute occupation que ses rosiers, son jogging, ses poèmes et ses bonnes oeuvres. Même au sein de sa famille, elle joue le rôle de ‘Potiche’ : son fils joue les contestataires et sa fille ne songe qu’aux dividendes qui peuvent lui venir de l’affaire paternelle.

Mais voilà qu’à la suite d’une grève dans l’entreprise, Suzanne prend la place de son époux, désavoué par son personnel. Elle se révèle alors être une femme de tête et d’action ce qui ne va pas sans provoquer la rébellion de son mari et de son ancien amant, le député communiste Maurice Babin…

Barillet et Grédy forment l’équipe la plus solide du théâtre de boulevard, ‘Potiche’ est une démonstration de leur brio habituel. Ils ont le talent d’amuseurs. Ils se montrent experts dans l’art de se servir de l’actualité et des dernières modes au moment de l’écriture, cette fois, ils ont incorporé l’élément politique dans leur comédie.

Les auteurs ont un oeil aigu pour observer les faiblesses humaines et un don rare pour esquisser des traits de caractère mordants. Ils font passer plus d’une vérité dans un rire, et leur dialogue est brillant de bout en bout de la pièce, les répliques spirituelles alternant avec les rebondissements burlesques…

Le spectacle se termine à 22h50.

BARILLET ET GRÉDY

« Le temps ne fait rien à l’affaire », se plaisait à rappeler Molière, pour qui le premier souci de l’auteur dramatique devait être de plaire. De fait, le temps conjoint de Pierre Barillet et Jean-Pierre Gredy a commencé il y a une bonne soixantaine d’années avec le triomphe du Don d’Adèle en 1949, et se poursuit de nos jours alors que Potiche, transposé au cinéma par les soins attentifs de François Ozon, retrouve le grand public, et que bien des metteurs en scène, sur les planches ou en studio, songent à s’inspirer de leurs œuvres communes. Heureuse et imprévisible conjoncture !

Ensemble, ils ont écrit une trentaine de comédies depuis les années 1950 qui constituent de quasi-classiques du théâtre de divertissement. Au-delà de leur succès soutenu sur les scènes françaises, elles ont connu un retentissement international grâce à leurs adaptations à Broadway et à Hollywood, tout comme à travers l’Europe et ailleurs encore. Sans y songer vraiment tandis qu’ils les composent, Barillet et Gredy nourrissent leurs travaux de questions intemporelles susceptibles de toucher chacun : privilège de l’esprit français, a-t-on pensé parfois. Voire : Oscar Wilde ou Noël Coward, Britanniques à 100 %, ne le partagent-ils pas ? Non, affaire de talent, de légèreté, tout simplement.

Pierre Barillet est un enfant de la bonne bourgeoisie du seizième arrondissement. Elève distrait du lycée Janson-de-Sailly, il pense à écrire, des choses graves plutôt. C’est la guerre, et l’adolescent ose se présenter à Jean Cocteau, l’ami et le prince de la jeunesse, qui l’encourage et l’introduit auprès du grand décorateur Christian Bérard. Le voici admis dans le large cercle des proches de l’enchanteur, et toutes les portes s’ouvrent, celles de Jean Marais, de Pierre Fresnay et d’Yvonne Printemps, de Marie-Laure de Noailles, de Charles Trenet.

Jean-Pierre Gredy, fils de munificents Français d’Egypte, voit le jour à Alexandrie. S’il est formé en France par les jésuites, c’est cependant le cinéma qui attire cet ami de toujours des écrivains Philippe Jullian et Christine de Rivoyre. A l’IDHEC, l’école de cinéma, il fréquente Claude Sautet et François Billetdoux. Le hasard, une panne de voiture, lui fait rencontrer Pierre Barillet à Avignon, victime d’une mésaventure comparable : on dirait le début d’un scénario !

Que faire en attendant le dépannage ? Ecrire une pièce.

Barillet avait vu monter sa première œuvre, Les Amants de Noël, en 1946 au Théâtre de Poche, interprétée par Lila Kedrova et Georges Vitaly, celui-là même qui impose alors les créations d’Audiberti. La dureté de ces temps d’après-guerre incite à l’évasion par le spectacle, si florissant sous l’Occupation, ce dont Barillet rendra compte longtemps après dans son livre Quatre années sans relâche. Un phénomène déjà remarqué pendant la Grande Guerre, et dont le même s’est là encore fait le chroniqueur dans Les Seigneurs du rire. Dans ce contexte, les deux nouveaux amis, appelés à former un couple littéraire aussi renommé que le furent Meilhac et Halévy ou Flers et Caillavet, confèrent une couleur et un rythme de comédie à leur inspiration. Barillet et Gredy perpétuent la haute tradition parisienne du théâtre de boulevard en lui donnant de nouvelles lettres de noblesse, des pièces raffinées, spirituelles, dans lesquelles la légitime ambition de provoquer rires et sourires n’exclut ni le regard aimablement critique sur les comportements de l’époque, ni, à l’occasion, une certaine gravité. Le théâtre de Barillet et Gredy se situe bien davantage du côté de la comédie de mœurs que de celui du vaudeville.

Au détour des années 1950, Barillet et Gredy vont donc s’installer au sommet de l’affiche avec des titres réunis dans ce volume, Le Don d’Adèle, porté par Gaby Sylvia et Suzanne Dantès, et Fleur de cactus, suivis au cours des décennies suivantes de Quarante carats, de Folle Amanda, de Peau de vache ou de Potiche. André Roussin en tête, les premiers rivaux sont Marcel Mithois, Marc Camoletti, bientôt Françoise Dorin et Jean Poiret. Barillet et Gredy célèbrent en vedettes Jacqueline Maillan, Sophie Desmarets, Jacqueline Gauthier, pour qui ils écrivent délibérément, Jacques Jouanneau, Judith Magre, Jean Piat, Daniel Ceccaldi, fidèles que se montrent nos duettistes à leurs interprètes complices : une sorte de troupe habituée au succès, étincelante, souvent mise en scène par Jacques Charon puis Pierre Mondy.

Autant de spectacles filmés et montrés au plus vaste public, celui de la télévision, grâce à Pierre Sabbagh et son « Au théâtre ce soir » : l’audience en est telle que ces soirées s’inscrivent durablement dans la mémoire collective.

Dans le même temps, les scènes étrangères adaptent pour leur plus grand profit ces créations si françaises, si parisiennes même. Le Vieux Continent mais aussi, d’abord et de façon bien plus singulière, les Amériques jouent Barillet et Gredy.

A Buenos Aires, à New York mais aussi sur la côte Ouest, où séjourne souvent Barillet, chez ses amis George Cukor et Claudette Colbert, ainsi qu’il le relate dans son nostalgique roman Hollywood Solitude. Lauren Bacall, Ingrid Bergman, Liv Ullmann, Julie Harris, Ginger Rogers, Lana Turner, Joan Fontaine, Goldie Hawn, héroïnes de Barillet et Gredy ! Quels dramaturges de notre pays ont bénéficié d’une telle distribution ? C’est que leur œuvre, finement ouvragée et dûment dialoguée, passe aisément les frontières linguistiques. Les questions que soulèvent l’air de rien et l’œil en coin leurs comédies, vieilles comme le monde et toujours irrésolues, la fidélité, l’âge qui vient, expliquent qu’elles soient jouées partout, aujourd’hui comme hier, et d’évidence encore demain. Une brève éclipse au passage du millénaire s’est vue suivie d’une superbe remise en lumière grâce au toucher de François Ozon. La relève est prête, et c’est heureux, Florian Zeller, Eric Assous, Patrick Haudecoeur et tant d’autres. Pourtant Barillet et Gredy demeurent, et c’est tout aussi heureux.

Olivier Barrot, journaliste et écrivain

NATHALIE UFFNER

Connaissais-tu les pièces de Barillet et Gredy ?

Bien sûr ! J’ai découvert leurs œuvres grâce au ‘Théâtre ce soir’, en télé. J’adorais cette phrase culte récitée aux applaudissements : les décors sont de Roger Harth et les costumes de Donald Cardwell. J’étais fascinée.

Il paraît que tu avais toujours rêvé de monter ‘Potiche’… Pourquoi ?

Beaucoup de pièces écrites pour Jacqueline Maillan me faisaient rêver car je les trouvais irrésistiblement drôles. « Potiche » a ça de particulier qu’elle témoigne aussi d’une époque, par rapport au féminisme, au patronat et son rapport aux ouvriers de l’époque, ce qui la rend encore plus intéressante.

Quand tu montes une pièce, qu’est-ce qui t’intéresse en premier lieu ?

L’histoire, le pitch, la thématique. Ensuite comme je fais souvent appel au TTO à des auteurs belges et « vivants  » j’attends d’eux une certaine modernité et un sens de la réplique aiguisé. Je crois que l’humour est la seule arme possible aux difficultés de la vie et donc l’écriture doit en être le reflet. Si ça n’est pas drôle, ça m’intéresse moins. Par contre, bizarrement pour les romans (je suis une lectrice régulière) si l’humour y est absent mais que l’histoire est captivante, ça ne me pose aucun problème.

Quels sont les éléments qui t’ont inspirés à la lecture de la pièce ?

En relisant la pièce, j’ai entendu Jacqueline Maillan, mais tout de suite Marie-Paule Kumps est apparue comme une évidence. C’est elle et David Michels qui ont eu l’idée de monter cette pièce et je comprends pourquoi. Ozon en a fait un film très réussi mais la prestation de Deneuve n’était pas exactement la vision que j’avais du personnage.

Tu as envie, je le sens bien, de nous parler de la distribution…

Bruno Georis et Bernard Sens sont de vieux camarades (le mot vieux va leur faire plaisir…). Ce casting est parfait, Bruno en mari odieux, faible et infidèle me fait beaucoup rire. Bernard dégage à la fois de la testostérone et de la sensibilité ce qui compose exactement son personnage. Je suis ravie de rencontrer Cécile Florin, qui est une comédienne chevronnée et prête à toutes sortes d’expériences, c´est très gai. Marie et William sont les deux petits nouveaux, j’adore découvrir les jeunes acteurs qui feront le théâtre de demain et ils sont de ceux-là, William a une palette très large et sera un jour capable de jouer beaucoup de choses totalement différentes. Marie possède une grâce et une élégance naturelle, tous les deux ont le sens de la comédie, ils doivent le laisser éclore. Marie-Paule et moi sommes amies depuis de nombreuses années, j’ai beaucoup d’admiration pour la comédienne qui est une des plus drôle que l’on ait ici en Belgique, ce rôle est pour elle, de plus elle est curieuse et travailleuse, deux qualités que j’adore.

C’est la première fois que tu mets en scène en dehors du Théâtre de la Toison d’Or… Alors ?

J’ai été très flattée et honorée quand David Michels m’a proposé de venir mettre en scène ce spectacle au Théâtre des Galeries. Quand j’étais petite les Galeries étaient une référence et aujourd’hui son évolution est évidente grâce au travail de David et de son équipe. Me retrouver en dehors du TTO m’oblige à aller en dehors de ma zone de confort et j’adore ça. Ceci dit, j’ai auprès de moi Charly et Thibaut aux costumes et décors, ainsi que Félicien aux lumières et Laurent au décor sonore… Tous ces hommes m’entourent depuis de nombreuses années au TTO, j’admire leur travail ce qui est rassurant.