de Alan Ayckbourndu 23 octobre au 17 novembre 2013

Nous commencerons la saison par une véritable radioscopie de la vie du couple orchestrée par Alan Ayckbourn dans « Mariages et conséquences ».

A l’heure du thé, lors d’une rencontre entre anciens amis, les tensions deviennent vite perceptibles. Derrière l’harmonie de façade se cachent maladroitement vices enfouis et fêlures profondes. Ayckbourn brocarde affectueusement les petites trahisons humaines, les petites mesquineries conjugales et les non-dits criant au désespoir. A l’heure du thé, les couples prennent l’eau…

CALENDRIER DES REPRÉSENTATIONS

Pour réserver, cliquez sur le segment rouge ou orange de la date souhaitée dans le calendrier.

représentation en matinée (15h)
représentation en soirée (20h15)

DISTRIBUTION

Dany Catherine Claeys
Evelyne Valérie Marchant
Marianne Aylin Yay
Clément Bernard Cogniaux
Paul Marc De Roy
Jean Pierre Pigeolet
Mise en scène Martine Willequet
Décor Francesco Deleo
Costumes Fabienne Miessen
Lumières Laurent Comiant

QUELQUES PHOTOS

POUR EN SAVOIR PLUS

De nos jours, dans une maison bourgeoise de banlieue, Dany a invité des amis de jeunesse autour d’un « thé-buffet ». Elle s’est beaucoup investie pour que cette rencontre soit une réussite et permette de consoler Clément qui vient de perdre sa fiancée. Mais sa venue va au contraire être un détonateur et révéler tous les mensonges, les frustrations et les aigreurs qui se sont accumulés durant tant d’années entre les protagonistes de cette petite bande.

S’il faut trouver une particularité au théâtre d’Alan Ayckbourn, c’est indéniablement le mélange des genres. En effet, faire rire les spectateurs avec des thèmes aussi déprimants que les couples mal assortis, les amitiés trahies, la mort accidentelle d’un être aimé, les ambitions déçues et la certitude que rien n’ira en s’améliorant, faire rire avec tout ça, donc, s’avère une gageure que seul Ayckbourn est capable de relever brillamment !

Pour ce faire, il ne se met jamais au-dessus de ses personnages, il ne les juge pas et ne fait pas de psychologie, il n’est pas plus malin qu’eux. Il les plonge dans une situation donnée et les observe se débattre dans leurs petites déceptions et leurs grandes douleurs, leurs questions sans réponse, leurs mensonges et leurs souvenirs contradictoires. Jusqu’au moment où l’auteur donne un coup d’accélérateur qui ouvre la porte à la grande comédie burlesque…

Sur le thème, « homme-femme, mode d’empoigne », Ayckbourn dégomme les couples mal assortis. « Mariages et conséquences » est une pièce sérieuse et… drôle, drôle parce que vraie !

PRESSE

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ALAN AYCKBOURN

Alan Ayckbourn est né à Londres en 1939. À l’âge de 18 ans, il intègre le théâtre de Stephen Joseph à Scarborough où il débute sa carrière comme technicien, puis peintre de scène, directeur de scène et finalement acteur. Encouragé par Stephen Joseph, il se met à l’écriture. Les pièces d’Ayckbourn sont construites autour de l’être humain. Ses sujets et ses personnages sont fortement inspirés par la vie quotidienne contemporaine. Le spectateur s’y projette, s’y retrouve, pleure et rit avec les protagonistes. Mais son humour vient des situations bien réelles, qui sont souvent assez tragiques. Le théâtre d’Ayckbourn incarne le peuple et la vie de notre temps.

Dans Mariages et conséquences, l’auteur parle du besoin d’aimer, de la force des sentiments, et du manque de considération entre la passion et le désir. C’est une comédie aigre-douce, qui rappelle au spectateur que la passion et l’amour laissent souvent des cicatrices profondes sur les couples, ainsi que sur ceux qui les entourent.

Depuis le début de sa carrière, Alan Ayckbourn a été fréquemment récompensé. Il tient des degrés honorifiques des universités de Keele, de Leeds, de Bradford, et de Cardiff du Pays de Gales. Il a été professeur de théâtre contemporain à l’université d’Oxford. Ses autres distinctions incluent le prix ‘Montblanc de la Culture’ pour son apport à la tradition théâtrale à Scarborough. En 1997, Alan Ayckbourn fut anobli par la Reine Élisabeth d’Angleterre.

Aujourd’hui, plus de 70 pièces écrites par Alan Ayckbourn furent présentées à Scarborough, pour ensuite connaître une deuxième vie à Londres. Unanimement reconnue, son œuvre est traduite en plus de trente-cinq langues, et est jouée sur les scènes mondiales. Il est devenu le dramaturge contemporain le plus joué au monde et dirige le Stephen Joseph Theater à Scarborough.

Ses pièces majeures incluent : Absurd Person Singular, The Norman Conquests, Bedroom Farce, Just Between Ourselves, A Chorus Of Disapproval, Woman In Mind, A Small Family Business, Man Of The Moment and Things We Do For Love…

« C’est vraiment drôle cette manière dont certaines personnes refusent de prendre la comédie au sérieux. »
Alan Ayckbourn

INTERVIEW ALAN AYCKBOURN

Mariages et conséquences (Absent Friends) est considéré comme un tournant dans votre carrière de dramaturge ?

Absent Friends, produit pour la première fois à Scarborough en 1974, était presque un tour de forces. Cette pièce a été très importante pour moi pour plusieurs raisons. Tout d’abord l’utilisation du temps. L’action sur scène se passe en temps réel, quasiment seconde après seconde. La plupart des pièces ont leur propre cadre temporel, dans lequel quelques minutes peuvent représenter des heures ou des mois. Le cadre temporel de Absent Friends a été conçu pour rendre la pièce encore plus ‘claustrophobique’, presque oppressive. Son unique scène, son action très détaillée, contribuent à cela. C’est une pièce destinée à un théâtre plutôt intimiste où l’on peut entendre les comédiens respirer et les silences s’éterniser.

En fait, de manière assez inhabituelle pour moi, le sujet est inspiré d’un fait réel. Une amie a perdu quelqu’un qui lui était cher dans des circonstances terribles. Un groupe d’amis l’a invitée pour l’épauler mais en réalité, elle était plus à l’aise que nous. Les rôles étaient inversés !

Etiez-vous inquiet de savoir comment réagirait le public à une telle approche de votre part ?

Oui, mais en réalité, ça s’est très bien passé car les gens sont habitués à être sur la corde raide entre embarras et rires, ce qui est la marque de la pièce.

Qu’est-ce qui vous a amené à la décision de la raviver ?

C’est une pièce très difficile à réaliser et je voulais remettre les pendules à l’heure concernant le genre de pièce dont il s’agit. Il y a un équilibre très délicat à trouver. On a l’impression d’une surface très plane, plutôt propre mais lorsqu’on creuse c’est plutôt alarmant de découvrir ce qui se passe car tout le monde est vraiment terriblement poli. Heureusement, le public se demande « Seigneur, mais que se passe-t-il vraiment ? ». C’est plutôt bouleversant à la fin.

Cette fois, je me suis dit: « Au plus je la rendrai sombre, au plus drôle ça sera. » C’est une comédie sur l’embarras, la honte et je pense que c’est ce qui est drôle.

Absent Friends est la première pièce qui traite d’un sujet sombre, voire tabou. Qu’essayiez-vous d’accomplir en écrivant une pièce sur la mort ?

Elle parle de la façon dont on traite la mort. Tous les grands auteurs de farce ont toujours utilisé le sexe comme sujet tabou et aujourd’hui on a dépassé ce stade. Pour le moment, c’est plutôt la violence qui choque. Toutefois, on atteint le point où nous allons devoir trouver une façon de choquer par les idées, pas en explosant des têtes. Absent Friends choque dans le sens où elle traite de la façon dont nous appréhendons la mort. Il s’agit d’une fille que l’on ne voit pas, aussi éloignée de l’action qu’on puisse l’être. La plupart des personnages ne la connaissent pas et ne l’ont jamais vue. Il s’agit de notre attitude face à la mort et de la façon dont très vite on s’emmêle dans nos affirmations à propos de la mort. Ils gèrent du mieux qu’ils peuvent, c’est-à-dire souvent d’une manière un peu instable. En fait, ils n’ont pas appris à gérer ce genre de souffrance.

C’est donc une pièce sur notre incapacité à gérer, mais il ne s’agit pas tellement de la mort mais plutôt de la mort de l’amour.

Notes sur les personnages par Alan Ayckbourn
Alan Ayckbourn écrit rarement des notes détaillées sur ses personnages, cependant il y en a quelques-unes concernant Absent Friends. Comme pour la majorité de ses pièces, il est toujours intéressant de voir à quelle époque elles ont été écrites et comment la société (plus particulièrement dans la façon de considérer les femmes) a changé. Les années 70 ont été un carrefour important pour les femmes britanniques avec des femmes au foyer qui ont marqué le début de la femme « nouvelle ».

Danièle : une femme proche du « changement ». Elle a fait le tour de ce qu’elle considère comme sa vie utile. Une vie dévouée à son mari, sa maison et ses enfants. Maintenant ses enfants lui ont été enlevés (selon ses propres termes), c’est-à-dire envoyés dans un internat. Son mari est infidèle et sa maison sans enfants ni mari est un monument vide à une vie soudain vide. Les années 70 furent le moment où tout a changé. Les femmes étaient encore divisées entre celles qui travaillaient ou pas. Danièle ne travaille pas car elle est mariée à un homme qui verrait ça comme un signe de faiblesse. Comme s’il ne pouvait pas subvenir correctement aux besoins de sa famille. Dans les années 70, beaucoup de femmes ont été élevées par leur mère en leur faisant croire que leur responsabilité était avant tout de s’occuper de leur mari et famille. Je pense qu’il s’agissait des « mauvaises choses » (comme le dit Danièle) car cela n’a pas marché. Elle aurait été parfaitement heureuse d’être une épouse et une mère, seulement elle n’a pas été autorisée à poursuivre ces deux fonctions. Ses enfants ont été envoyés loin d’elle et son mari n’est jamais là.

Marianne, par contre, a un mari qui reste à ses côtés et une maison raisonnable, semble-t-il. Mais son mari est une enfant gâté, un invalide perpétuel dont elle doit prendre soin continuellement, probablement pour toujours. Le fait de ne pas avoir d’enfant est très important. Elle a peut-être même encouragé ce rôle chez Georges. Et maintenant elle le regrette. Marianne fait son possible pour gérer la situation, pour en retirer le meilleur. Elle trouve le plus de réconfort dans ses relations avec d’autres femmes. Je ne pense pas que les hommes qu’elles fréquentent soient beaucoup plus heureux que ceux que Danièle fréquente. Ces deux femmes ont essayé d’être de bonnes épouses. A l’écart mais toujours là pour aider.

Evelyne est issue d’une autre génération. Bien qu’elle soit épouse et mère (et coincée à la maison), elle est résolue à ne pas rester limitée à ça. Elle manque de romantisme. Elle est réaliste. Son enfant ne grandira pas avec beaucoup de rêves mais il ne nourrira aucune fausse illusion. Le fait d’avoir des aventures n’est qu’un signe de sa détermination à rester une femme libre. Elle regrette les attitudes trop conventionnelles des autres femmes. Elle est en quelque sorte un exemple précurseur de la femme « nouvelle », qui n’adopte pas automatiquement cette attitude soumise aux hommes. Elle n’est pas stupide. Faire impression ne l’intéresse pas. Ce qui est probablement une réaction qui découle directement de ce qui se passe autour d’elle. Je pense qu’elle fera une bonne mère.

Concernant Clément, Ayckbourn a aussi écrit un résumé de son personnage et de son influence sur les gens qui l’entourent :

L’amour parfait est celui que l’on n’atteint jamais, l’amour inassouvi. Clément perd son amour à ce moment crucial et donc il reste, comme il l’était, figé dans la perfection. Toutefois une perfection perçue artificiellement. Les autres personnages de la pièce sont conscients de cela mais sont incapables de le détourner de cette vision plutôt irréaliste. Finalement, avec leurs vaines tentatives de le remettre sur la bonne voie, ils vont être de plus en plus conscients des imperfections dans leurs propres histoires d’amour.

Dans l’édition de Septembre 1975 de ‘Plays and Players’, Ayckbourn a décrit le personnage de Clément comme suit : « Il a gagné cette immunité en ayant été touché par ce drame. C’est comme un homme que vous avez toujours détesté qui soudain est atteint d’une maladie incurable. Etant donné que tout le monde sait qu’il lui reste six mois à vivre, on fait preuve de tolérance et de courtoisie vis-à-vis de lui ce qui n’aurait pas été le cas dans des circonstances normales. Il ne mérite pas vraiment cette immunité. »

Traces d’Ayckbourn
Dans l’histoire du Théâtre des Galeries, on retrouve de nombreuses traces d’Alan Ayckbourn, notamment à travers les programmes des pièces jouées par la Compagnie : Du côté de chez l’autre, Pantoufle, Être ou ne pas être Léonard, Ces absurdes personnes dans leurs drôles de cuisines, L ‘Homme du Jour, L’amour est enfant de salaud, 1 table pour 6, sans oublier sa célèbre trilogie Norman-le-Conquérant (Les Bonnes Manières, Tout autour du jardin et Week-end en famille).

Voici quelques paroles de l’auteur…

Pourquoi écrivez-vous ?

Celles de mes pièces qui ont du succès, je les écris pour de l’argent; celles qui marchent moins bien, c’est un besoin profond et inconscient d’améliorer le monde qui me pousse à les écrire.

Combien de temps prenez-vous pour écrire une pièce ?

Trois ou quatre nuits blanches… Je déteste à un tel point le fait même d’écrire, que j’essaie toujours d’en finir le plus vite possible. Je suis typiquement l’homme d’une pièce par an. Pendant 360 jours je pense écrire, je considère et envisage la chose et parviens finalement à l’éviter. En fait, je n’écrirais jamais rien si ce n’était cet autre moi – qui dirige le théâtre de Scarborough et qui se doit d’annoncer son programme à l’avance pour extorquer de l’argent sous de faux prétextes à un public qui attend cette pièce non écrite – qui me pousse à écrire !

Pourquoi dites-vous de vos pièces, tantôt que c’est une comédie et tantôt que c’est une farce ?

La comédie, ai-je lu quelque part, met en scène des personnages « grossis » dans des situations vraies, la farce, en revanche, dépeint des personnages vrais projetés dans des situations invraisemblables. Mes pièces sont des comédies qui dépeignent des personnages vrais, projetés dans des situations invraisemblables et qui, du coup, se mettent à agir d’une façon « grossie » à mesure que les situations leur apparaissent trop horriblement vraies.

De quoi traitent vos pièces ?

La plupart de mes pièces traitent de gens surpris dans un moment de déséquilibre.

Vous avez déclaré que vous étiez paresseux, que veut dire ‘perdre son temps’ pour vous ?

Pondre un livre sur l’art d’écrire des pièces; essayer de convaincre un producteur américain que je ne souhaite pas nécessairement voir mes œuvres faire l’objet d’une coûteuse production; assister à un séminaire international de dramaturgie; prendre un train anglais le dimanche.

Si vous n’étiez pas auteur, qu’aimeriez-vous être ?

Un bon joueur de cricket, un pianiste virtuose qui n’aurait pas à faire de gammes, le premier homme à retrouver son chemin dans les coulisses d’un théâtre.

Est-ce que vous ressemblez aux personnages de vos pièces ?

Il paraît que oui. Il y a probablement un peu de moi dans tous mes personnages, ce qui est tout à fait normal.

Quel effet ça vous fait ?

Pas très rassurant.

INFO

La force d’Ayckbourn
Ayckbourn n’a pas son pareil pour faire savourer au public sa noire insouciance, ses faux airs de plaisantin à l’humour assassin. Il manie la légèreté avec la virtuosité d’un champion du jeu de fléchettes, qui est, comme chacun sait, un sport national anglais. C’est dire si les répliques de ses comédies apparemment faites pour rire peuvent piquer et faire mal. Farces couleur d’encre; ses héros, cyniques, sont rarement naïfs et presque toujours perdants.

Les personnages d’Alan Ayckbourn donnent l’impression qu’on pourrait les rencontrer à chaque coin de rue, ils sont tellement justes, drôles et cruels. Même les plus sordides finissent toujours par nous apparaître terriblement humains, on leur trouve toujours, sinon des excuses, au moins des circonstances atténuantes. Si l’auteur nous fait rire d’eux, c’est toujours avec tendresse et respect, en leur donnant de l’épaisseur et une réelle sincérité.

Ayckbourn ne cesse d’explorer les relations humaines au quotidien. Pas d’aventure épique, pas d’intrigue, pas de coup de théâtre rocambolesque, simplement le passage au scanner méthodique de tout ce qui nous compose : nos lâchetés, nos pulsions, notre orgueil, nos sentiments les plus étranges mais aussi le courage avec lequel nous essayons de nous dépatouiller avec ce que nous sommes, tout cela apparaît au grand jour et nous fait rire, souvent jaune.

« Mariages et conséquences» n’échappe pas à la règle : on y découvre les relations compliquées d’une bande d’amis, entre amour, injustices, contentieux, tendresse,… L’humour est grinçant, le couple y est passé au crible et en ressort anéanti.

Le secret d’Ayckbourn ? D’abord une modestie totale, qui lui a fait dire un jour que ce qu’il souhaitait de meilleur était de ‘continuer à avoir du succès, sans pour autant être adopté par les penseurs du théâtre qui se prennent au sérieux, et surtout de ne pas voir ses œuvres dans les programmes scolaires pour en arriver à être haï par toute une génération d’écoliers’. Mais plus encore que par cette modestie, qui lui permet, s’adressant à tous les publics à la fois, d’être un auteur profondément populaire, il se caractérise par une très particulière combinaison d’acuité psychologique et de tendresse. Ayckbourn est un satiriste totalement dépourvu de méchanceté. Il porte toutes ses créatures dans son cœur, il ne les examine pas de loin, mais se trouve bien en leur compagnie.

Les raisons d’un succès…
Le public trouve dans les comédies d’Alan Ayckbourn des thèmes actuels, des situations et des personnages qui lui sont proches. Là où le boulevard nous montre des duchesses russes, des cocottes parisiennes, ou des femmes du monde aux prises avec leurs gens de maison, Alan Ayckbourn nous montre des bourgeois moyens, semblables aux gens qui l’applaudissent et font son succès. Sur scène, c’est vous, c’est moi, ou pour le moins notre voisin. Des personnages faits de notre chair et de notre sang, loin des pantins burlesques froufroutants qui ne font qu’amuser. Le mariage bourgeois y est traité avec modernité, les adultères s’y consomment sans vergogne, les femmes libérées et émancipées y ont la part belle. Émouvantes, séduisantes, elles y distillent leur poison avec moins de moralité que dans un traditionnel boulevard.

Dans ces comédies de mœurs, les mœurs sont aussi légères que dans les situations amoureuses de nos contemporains, et toutes aussi cruelles. Réaliste ? Ayckbourn assume. Sous un air d’humour british, il montre du doigt une certaine déchéance de notre société, de ses classes sociales, des rancœurs conjugales, des rapports entre les hommes et les femmes. Et tout cela chez monsieur ‘tout le monde’. On grince des dents, on rit d’un rire franc ou cruel, transporté entre comédie de mœurs et farce comique saupoudrée d’un ‘je ne sais quoi’ de vachard. Voilà pour le fond. Un fond qui balance entre comédie et noirceur. Une gaieté amère presque chabrolienne.

S’il traite ses personnages avec lucidité, pessimisme voir cynisme, Ayckbourn le fait avec les ressorts comiques du vaudeville tout en en modifiant les codes théâtraux de base. A croire qu’il compliquerait à plaisir les situations en augmentant les difficultés de l’espace scénique, en éclatant l’espace et le temps. La dramaturgie chez Ayckbourn s’offre à de nouvelles combinaisons scéniques, ses dialogues prompts, percutants, vifs s’attachent à un comique de situations qui grossit à la loupe les comportements humains en société et les affres de l’état amoureux.

La force du théâtre d’Ayckbourn c’est avant tout sa capacité à nous mener au-delà de situations renversantes et d’une drôlerie naturelle, vers des personnages au réalisme désespérant.