D'Eric Assousdu 17 juillet au 31 août 2014

Qu’est-ce qu’une belle-sœur ?

Une pièce rapportée.

Elles sont trois et aucune ne ressemble à l’autre. Il y a l’intello désabusée, ayant le verbe aussi facile que le verre. Elle est l’épouse de l’aîné, l’avocat, beau comme un cliché, lâche malgré son assurance. Il y a la bourgeoise, très snob, aux vêtements griffés. Elle est l’épouse du cadet, le dentiste, très réputé et débordé.

CALENDRIER DES REPRÉSENTATIONS

Pour réserver, cliquez sur le segment rouge ou orange de la date souhaitée dans le calendrier.

représentation en matinée (15h)
représentation en soirée (20h15)

DISTRIBUTION

Mathilde Cécile Florin
Yvan David Leclercq
Nicole Catherine Decrolier
Francky Frederik Haugness
Christelle Christel Pedrinelli
David Frédéric Nyssen
Talia Laetitia Chambon
Mise en scène Martine Willequet
Décors sonore Laurent Beumier
Création lumières Laurent Comiant
Equipe technique Félicien Van Kriekinge, Laurent Comiant, Vigen Oganov, Vincent Lamer, Matthias Polart,Guy Mavungu

QUELQUES PHOTOS

Photos : Pauline Beugnies

POUR EN SAVOIR PLUS

Éric Assous dépeint avec un trait d’humour grinçant et incisif les relations entre couples, entre hommes et femmes.

Une comédie familiale hilarante où mensonges, rivalités et adultères nous rappellent que les hommes sont (en général) plutôt lâches, et les femmes (souvent) impitoyables !

« Comment ne pas être conquis par cette pièce toute en nuances et sous-entendus. Ici le rire et l’intelligence s’accordent avec talent. Avec un zeste de suspense et d’émotion. Les réparties fusent. Les deux bourgeoises un peu coincées au début se lâchent. Catherine Decrolier incarne avec brio, une nunuche plus vraie que nature. Christel Pedrinelli est une parfaite bourgeoise. Les comédiens sont toniques. La mise en scène de Martine Willequet est faite sur mesure pour mettre en avant les trois belles-sœurs et rendre les trois frères constamment en porte-à-faux. Une excellente soirée pour combler notre besoin de rire. »

JPD, Lyon-Newsletter.com

ERIC ASSOUS

Eric Assous est né en 1956 à Tunis. Après une scolarité (laborieuse selon lui, déplorable selon ses parents), il monte à Paris en 1974 pour suivre officiellement des cours aux Beaux-Arts. En réalité, il passe le plus clair de son temps au cinéma et écrit des nouvelles policières qui paraîtront dans des publications confidentielles.

A partir de 1983, il écrit des pièces radiophoniques pour France Inter, il signe plus de 80 textes de 25 minutes en quatre ans et recevra le prix du Meilleur Talent Radio SACD en 1987. Frustré de n’écrire que pour des voix sans visage, il passe au petit écran avec des séries telles que Nestor Burma, des téléfilms, ainsi que des polars pour M6.

Eric Assous poursuit sur grand écran un besoin qu’il dit ‘vital’. Suite à sa rencontre avec Philippe Harel, il participe à l’écriture des films ‘La Femme défendue’ (Sélection Officielle Cannes 1997) et ‘Les Randonneurs’. Il considère que ‘faire du cinéma, c’est observer la vie’. Son écriture réaliste et souvent cathartique lui vaut bien des succès : traitant avec brio des relations hommes-femmes dans ‘Petits désordres amoureux’, il enchaîne avec ‘Une hirondelle a fait le printemps’ et passe de scénariste à réalisateur via ‘Les Gens en maillot de bain ne sont pas (forcément) superficiels’ et ‘Sexes très opposés’.

Il participe aussi à ‘Irène’, ‘Moi, César, 10 ans 1/2, 1m39’, ‘La boîte noire’, ‘Les Randonneurs à Saint Tropez’, ‘Nos 18 ans’, ‘Deux jours à tuer’, ‘Trésor’, ‘L’immortel’,…

Au théâtre, il signe ‘Le portefeuille’ (en collaboration avec Pierre Sauvil) au Théâtre Saint-Georges en 1995, suivront ‘Les acteurs sont fatigués’ à la Comédie Caumartin en 2002, ‘Les Montagnes russes’ jouée par Alain Delon et Astrid Veillon au Théâtre Marigny en 2004 et 2005, ‘Les Belles-sœurs’ qui a tenu l’affiche plus de 400 fois au Théâtre Saint-Georges et en tournée.

En 2008, au Théâtre des Variétés, il signe ‘Secret de famille’ pour Michel Sardou et son fils Davy Sardou.

En 2009/2010, il a deux pièces à l’affiche : ‘Les hommes préfèrent mentir’ au Théâtre Saint-Georges et ‘L’Illusion conjugale’ au Théâtre de l’œuvre.

« Simenon disait “quand je peins un personnage, je tente toujours de montrer, non pas ce qui le différencie des autres, mais ce qui le rapproche des autres”. A travers cette intrigue qui ménage un petit suspens policier, j’ai voulu traiter de personnages qui nous ressemblent ou qui ressemblent à ceux que nous croisons. Les ordinaires, ceux qui n’ont rien d’exceptionnel. Ni petits, ni grands, ni laids, ni beaux, ni forts, ni faibles. Tout ce qu’ils montrent demeure on ne peut plus humain. La jalousie, la rivalité, l’usure des sentiments, les petites trahisons du quotidien, les arrangements boiteux avec sa conscience. Le ton est à la comédie qui reste selon moi le mode de représentation le plus efficace. »

Éric Assous

INTERVIEW DE ERIC ASSOUS

Eric Assous aborde avec humour le couple et la fidélité dans ses trois dernières pièces : Les Belles-Sœurs, Les Hommes préfèrent mentir et L’Illusion conjugale…

Les rapports hommes-femmes sont définitivement votre thème de prédilection…

C’est vrai, j’y suis attaché. Je décline en quelque sorte la conjugalité, ses aléas et ses corollaires. C’est un thème qui touche tout le monde et dont il y a beaucoup à raconter. En plus, j’ai une certaine légitimité à en parler, on peut même dire que je maîtrise le sujet : je suis resté marié vingt ans ! Plus sérieusement, ce qui me plaît, c’est de partager avec les spectateurs des choses qui font écho chez moi, en espérant qu’elles auront sur eux le même effet. Quand j’écris, c’est ce qui me vient le plus facilement. Les relations hommes-femmes génèrent des situations à la fois émouvantes et drôles dans lesquelles tout le monde se retrouve. Dans cent ans, on continuera à écrire des livres, des pièces et des films sur ce sujet.

Autour du noyau qu’est le couple, il ne faut pas oublier l’entourage au sens large. Je m’amuse du décalage qu’il existe entre la réalité d’un couple et l’image qu’il tente de renvoyer à ses amis…

Si ce n’est pas du vécu, où avez-vous puisé votre inspiration ?

J’aime ce qui sonne juste. Au début de mon travail de scénariste, je tentais de faire preuve d’imagination. Aujourd’hui, je m’appuie sur mes dons d’observation. Je regarde et j’écoute beaucoup. Je me suis servi de la vie amoureuse d’amis ou de simples connaissances pour écrire certaines scènes et créer quelques personnages.

Dans vos pièces, les hommes sont plutôt lâches et les femmes mènent la danse…

Mais c’est une réalité statistique ! (rires) Bien sûr, il existe des hommes cruels, des salopards finis. Mais en majorité, les hommes sont lâches. Les femmes au contraire, sont plus autonomes et plus volontaires. Quand je crée des personnages, il est absolument nécessaire que le spectateur puisse les identifier. Il doit se retrouver lui-même ou quelqu’un qu’il connaît. Et puis, quand on écrit, il est toujours plus amusant et plus drôle de montrer les défauts des gens plutôt que leurs qualités.

Pensez-vous vraiment que les femmes et les hommes soient de sexes très opposés ?

Cela ne fait aucun doute. Sans tomber dans des généralités réductrices, on observe que les femmes cherchent des relations durables, alors que les hommes sont plus facilement dans l’éphémère. C’est en tout cas vrai pour la génération des 40-50 ans. Mais il faudrait que je sois très présomptueux pour penser avoir répondu totalement à cette question….

Quel est l’ingrédient essentiel d’une bonne pièce ?

J’ai besoin d’une situation de départ forte qui puisse évoluer et rebondir. Je n’aime pas tout centrer sur les personnages. Il est très difficile de capter l’attention du spectateur pendant une heure et demie. Si ce dernier ne parvient pas à s’attacher à eux, il faut qu’il puisse au moins se raccrocher à une bonne intrigue. Un peu comme une enquête policière. On ressent moins les faiblesses d’une pièce quand on veut à tout prix en connaître le dénouement.

L’écriture théâtrale reste un exercice extrêmement difficile, bien plus, selon moi, que l’écriture d’un scénario par exemple. L’unité de temps, de lieu et d’action est une contrainte terrible. J’ai écrit beaucoup de pièces qui se sont arrêtées à la quarantième page car je ne savais plus comment m’en sortir. J’étais dans un cul-de-sac… Je n’ai pas l’angoisse de la page blanche, mais celle de la justesse et de l’efficacité.

Si « Les Hommes préfèrent mentir » est un vrai boulevard, le ton est plus grave dans « L’Illusion conjugale »…

La pièce se joue en effet sur un fil plus tendu. En l’écrivant, je souhaitais quelque chose de différent. J’étais plus dans la recherche d’une langue. Les personnages sont de fait beaucoup plus manipulateurs, ils vont plus loin dans leurs analyses. En ce sens, c’est quelque chose de plus ambitieux.

Vous avez écrit bon nombre de pièces radiophoniques… Est-ce cette expérience qui a aiguisé votre talent pour les dialogues ?

Quand j’ai commencé, on n’apprenait pas l’écriture dramatique. En tout cas, pas en France. J’ai fait toutes mes classes à la radio. Vingt-cinq minutes pour faire vivre une histoire, c’est très court. Il n’y a pas de place pour l’inutile. Cela a été très formateur pour moi. Au final, j’ai écrit plus de quatre-vingts pièces radiophoniques, avec des hauts et des bas. Quant aux petites phrases assassines, elles viennent facilement, presque naturellement, pendant la phase d’écriture. Mais je crois bien plus aux muses qu’à la grâce…

Continuez-vous à travailler le texte aux répétitions ?

À Paris, c’est Jean-Luc Moreau qui signe les mises en scène de mes spectacles. Nous formons un vrai tandem… Nous avons une belle complicité qui nous permet de travailler en très étroite collaboration. Entre nous, il n’y a pas de problème d’ego. Je pense qu’un bon metteur en scène est avant tout un bon critique de texte. Ce qu’est Jean-Luc. Il a une approche très visuelle. A sa demande, j’assiste aux répétitions. J’amène des suggestions, quelquefois, qui entraînent la réécriture de certains passages. Il ne faut surtout pas sacraliser le texte, il n’est qu’un maillon de la chaîne. S’il peut être amélioré, alors il ne faut pas hésiter… Le théâtre est fait pour être joué, pas pour être lu. L’acteur est le premier révélateur. D’ailleurs, au final, il est plus responsable que l’auteur de l’efficacité d’une réplique…

INTERVIEW DE MARTINE WILLEQUET

Martine Willequet à l’épreuve des Belles-Sœurs…

Qu’est ce qui t’a séduit dans ce texte ?

Je trouve l’écriture excellente et les personnages très bien écrits. Il y a un ton aigre-doux très contemporain. C’est une pièce très cruelle quand on la décortique. Ce sont des couples qui ne sont ni épanouis, ni harmonieux, ni exemplaires… et en même temps on rit énormément car il y a des répliques qui font mouche d’une façon incroyable.

Chaque personnage a sa personnalité, son moteur, son énergie, son caractère, sa place sociale… Les frères ont une complicité et une fraternité très solide. Mais les femmes ne sont pas du tout faites pour s’entendre, elles sont très différentes les unes des autres.

La démarche d’Eric Assous est d’écrire une comédie mais il y a un fond, ‘un constat d’échec’ entre ces différents couples. C’est un peu dans la veine d’Un vrai bonheur de Didier Caron ou des pièces de Jaoui-Bacri, des comédies françaises qui sont teintées d’un esprit anglo-saxon, dans la façon de se défendre par une réplique drôle, de l’esprit et beaucoup de finesse. Ce qui est également très agréable, à mes yeux, c’est qu’il s’agit d’une pièce chorale, ce qui veut dire qu’il n’y a pas de rôle plus fort qu’un autre et que les comédiens ont de beaux personnages à défendre.

Pourrais-tu définir les personnages ?

Eric Assous nous plonge dans une réunion de famille, en réalité une pendaison de crémaillère où se retrouvent trois frères. Mais très vite, il crée une situation de crise à cause d’une personne extérieure qui débarque inopinément et qui déclenche des règlements de compte entre les personnages.

Le premier couple est formé par un avocat et une enseignante, ce sont des intellectuels, des littéraires. C’est un couple dans lequel on ne sent plus vraiment beaucoup d’amour mais plutôt une habitude de cohabitation. Elle est d’une humeur massacrante car elle ne voulait pas venir. Elle n’arrête pas de lancer des vannes et de s’en prendre à l’un et à l’autre. Son mari essaie de tempérer mais on sent très bien qu’il a l’habitude et qu’il sait que rien ne peut l’arrêter…

Il y a le couple qui reçoit. Lui essaye que tout se passe bien, il est joyeux d’avoir invité ses frères, il se rend compte qu’il y a des tensions alors il essaye d’arrondir les angles. C’est un type extrêmement gentil et enthousiaste, il est heureux de cette bonne soirée qu’ils vont passer. Il va vite déchanter car l’atmosphère va se détériorer rapidement.

Sa femme a comme passion de faire à manger, c’est une femme au foyer et elle l’assume. Elle n’a pas d’autre ambition que de recevoir des gens chez elle et de bien les nourrir. Elle n’a pas une once de médisance, de méchanceté, elle ne voit le mal nulle part et est parfois étonnée de voir que les choses partent en quenouille. Naïve et candide, elle va être très vite sous tension.

Troisième et dernier couple : le frère dentiste et son épouse qui dirige une agence immobilière haut de gamme. Ce sont des mondains. Elle est très superficielle, voir méprisante vis-à-vis de l’hôtesse. On sent de l’aigreur dans le couple. Elle dénigre fortement son mari ainsi que son travail et il s’écrase.

Arrive une personne qui n’était pas prévue au programme, une jeune femme ravissante qui a un lien avec les trois frères. Son arrivée va perturber la soirée et permettre la révélation de choses pas très agréables à entendre.

C’est très contemporain par rapport à cette vie qui peut être comme un rouleau compresseur, qui ne privilégie pas les rapports conjugaux harmonieux, la complicité et le dialogue entre époux.

Quelle différence existe-t-il entre ce spectacle et ce que tu as déjà monté pour le Théâtre des Galeries ?

Tous les spectacles sont différents par l’humour, l’ambiance, le contexte, le propos. Ici, il y a énormément de psychologie, beaucoup de regards. La comédie d’Eric Assous se joue beaucoup sur les sentiments. Il y a des insinuations, des vacheries, on donne le change en prenant un air léger mais on sent qu’il y a de la gêne, de l’aigreur, une insatisfaction. Les personnages ne sont pas épanouis, le côté psychologique est important dans ce spectacle. C’est un univers subtil. Il y a probablement des gens qui vont se projeter ou s’identifier. Ce qui arrive ici, arrive sans doute dans certaines fêtes de famille qui tournent mal.