De Matthieu Delaporte et Alexandre de la Patellière

Vincent, la quarantaine triomphante, va être père pour la première fois. Invité à dîner chez Elisabeth et Pierre, sa sœur et son beau-frère, il y retrouve Claude, un ami d’enfance. En attendant l’arrivée d’Anna, sa jeune épouse, on le presse de questions sur sa future paternité. Quand on lui demande s’ils ont déjà choisi un prénom pour l’enfant à naître, sa réponse plonge la petite assemblée dans le chaos…
« Le Prénom » parle de la société avec humour et profondeur. En fins connaisseurs de la complexité des rapports humains, les auteurs ont construit une pièce très actuelle, une comédie grinçante et jubilatoire, pétrie d’humanité.

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DISTRIBUTION

Elisabeth Catherine Decrolier
Pierre David Leclercq
Vincent Frédéric Nyssen
Anna Christel Pedrinelli
Claude Patrice Mincke
Mise en scène Martine Willequet

LES AUTEURS

L’entente parfaite

Rencontre avec Matthieu Delaporte et Alexandre de la Patellière

Quinze ans d’amitié, de travaux en parallèle ou ensemble dans l’univers du cinéma, et cette première pièce. Histoire d’une complicité fertile.

Pas même quarante ans. L’un, Alexandre de la Patellière, est né en juin 1971, l’autre, Matthieu Delaporte, en septembre de la même année. Le premier a les cheveux plutôt noirs. L’autre est châtain. Les traits sont harmonieux, les regards pétillants, les silhouettes en font des frères fins et décontractés d’apparence. Les lunettes à monture noire accentuent la gémellité ludique et le côté intello des deux complices. L’histoire de leur rencontre est formidable. Un jour de 1995, ils travaillent dans la même maison de postproduction quand le dieu hasard les met en présence. Matthieu, qui a fait des études d’histoire et Sciences-Pô, vient de tourner son premier « court », Musique de chambre. La monteuse a eu un souci, il est seul dans sa salle… et un technicien, pour l’aider, lui montre les images de son film. Elles apparaissent, muettes, sur les écrans de toutes les autres cabines… Alexandre de la Patellière, qui est donc dans les mêmes locaux ce jour-là, les voit. Il est frappé par l’originalité de la forme… il part à la recherche de l’auteur…

Cette scène primitive d’une amitié ouverte et heureuse est en elle-même une pépite. On dirait qu’un scénariste malin l’a écrite… C’est cela la vie, lorsqu’on sait en reconnaître les signes. Depuis, ils ne se sont pas quittés, tout en menant deux chemins personnels. De vie. Ils sont mariés l’un et l’autre. Des épouses sensibles, actives, créatives, dans d’autres domaines que le cinéma. Alexandre a deux filles. Matthieu trois garçons. Ils portent tous des prénoms rares, originaux… Un détail qui compte lorsque l’on connaît le propos de cette première pièce… Chemin personnel de profession également, car s’ils ont aujourd’hui un bureau commun chez Aton Soumache, fondateur d’Onyx Films et de Method Films (un copain de fac de Matthieu), ils ont su mener des trajets en toute indépendance.

Alexandre est né dans le sérail. Son père est Denys de la Patellière, sa mère est monteuse. Il n’aurait pas imaginé travailler dans un autre monde que celui du cinéma. Il a fait tous les petits métiers du 7e art, apprenant sur le tas. Aux laboratoires Éclair, il perfectionne ses connaissances techniques avant de devenir l’assistant de son père sur deux épisodes de la série Maigret avec Bruno Cremer, dont ils assurent également l’adaptation. Dans la foulée, le jeune homme va passer de longs mois à Prague puis à Londres pour Les Épées de diamant, un film de son père consacré à un héros de l’aviation allemande opposant aux nazis, tout en rédigeant des notes de lecture de scénarios pour diverses sociétés. Il est repéré par Dominique Farrugia qui l’engage à Rigolo films (RF2K). Matthieu, lui, élevé dans le Quartier latin, est né dans une famille intellectuelle, mais loin du cinéma. Il a entrepris des études. N’imagine pas ne pas écrire. Et se lance dans la réalisation d’un court métrage de fiction sans rien connaître des arcanes du métier. C’est grâce à ce premier film, avec Matthieu Rozé et Olivier Sitruk, l’histoire d’un mec qui ne parvient pas à se suicider car son voisin fait trop de bruit, qu’il est repéré par Alain de Greef qui l’engage à Canal+. Il va notamment écrire pour Le Vrai Journal de Karl Zéro.

L’un comme l’autre reconnaissent la chance qu’ils ont : vivre de leur plume, être payés pour écrire pour le cinéma. Les retrouvailles de Matthieu Delaporte et d’Aton Soumache ont été essentielles. Ce dernier va produire Renaissance, film d’animation en noir et blanc, une œuvre du peintre et réalisateur Christian Volckman qui donne au Paris de 2054 des architectures impressionnantes. Matthieu Delaporte et Alexandre de la Patellière sont les scénaristes de ce film révolutionnaire sorti en 2006 et sur lequel toute l’équipe aura passé cinq ans…

Écrire est un travail à plein temps. Nos deux scénaristes, réalisateurs, producteurs, le savent mieux que quiconque. Ils se moquent d’eux-mêmes en constatant qu’ils ont des horaires de bureau, comme des notaires de province : 9 heures-19 heures chaque jour. Mais ils savent qu’écrire est longue patience. Ils ne progressent jamais platement à quatre mains. Lorsqu’ils élaborent ensemble une histoire, ils parlent sans fin, débattent, se disputent. Puis l’un prend la responsabilité de la rédaction première d’une scène. L’autre va lire. Et les amendements commencent. Avec Julien Rappeneau, ils ont composé La Jungle, film de Matthieu, produit par Aton Soumache, et Alexandre, un film avec Patrick Mille et Guillaume Gallienne. Leur bureau est une ruche. Une boîte à idées. On les consulte sans cesse. Ensemble, ils viennent de signer de longues séries. Une adaptation du Petit Prince, d’après Antoine de Saint-Exupéry. Une gageure : 26 fois 52 minutes pour France Télévisions. On verra également The Prodigies, adaptation de La Nuit des enfants rois d’Antoine Charreyron, un premier film qui sortira en février 2011. Bientôt Matthieu Delaporte commencera le tournage de son nouveau film Un illustre inconnu, thriller psychologique sur le thème de l’identité.

Il y a deux ans, ils ont franchi le pas et composé leur première pièce. Xavier Daugreilh, auteur dramatique qui travaille également pour le cinéma, les a encouragés. En vacances, ils s’en sont parlé. Ils ont discuté. Imaginé. Noté des situations, des répliques. Et puis une plage de temps s’est ouverte devant ces deux hommes très occupés. Un scénario remis à plus tard. La brèche était là. Écrire, c’est leur douce drogue ! Et autant, comme ils le disent, un scénario est un « objet transitionnel » qui obéit à de strictes contraintes et qui est ensuite souvent transformé pour les besoins de la production, autant, avec le théâtre, ils se sont sentis libres.

Le Prénom s’ancre dans des mouvements d’humeurs qu’ils connaissent, un monde qui ressemble au leur, ils le disent. C’est par Isabelle de la Patellière, cousine d’Alexandre, agent du duo (« notre guide spirituel » disent-ils, sérieux et rieurs), que Bernard Murat a lu Le Prénom. Il a tout de suite aimé. Patrick Bruel a trouvé la comédie « irrésistible ». Un petit dîner entre amis qui dégénère en dispute terrible et manque faire exploser le groupe, à propos du choix du prénom d’un enfant à naître. Ils l’ont observé, sur le point pourtant extrêmement intime, tout le monde a un avis et chacun se croit autorisé à intervenir… Une observation savoureuse, caustique mais sans cruauté méchante, du monde des « quadras » d’aujourd’hui… La première de leurs qualités d’auteurs, de dramaturges, est une empathie profonde pour les personnages. Du miel pour les comédiens.

Ah ! Ils sont ravis de ces rencontres nouvelles. Ils ont assisté aux premiers moments : lecture, premier moment des répétitions en avril dernier. Ils ont été éblouis par l’intelligence, la générosité, l’énergie et la fraîcheur aussi de Bernard Murat. Ils apprennent encore, corrigent. Mais ils ne connaissent pas le farniente… Le Prénom n’en était qu’aux répétitions estivales que déjà ils avaient terminé leur prochaine pièce. Ils n’en révéleront rien pour le moment sinon qu’elle réunit trois personnages. À suivre ! Pas de doute, ces deux-là ont un sacré talent et l’avenir est largement ouvert sur plusieurs registres…

Armelle Héliot, l’avant-scène, n°1287

Matthieu Delaporte et Alexandre de la Patellière en quelques dates

24 juin 1971 Naissance d’Alexandre de La Patellière à Paris. 2 septembre 1971 Naissance de Matthieu Delaporte à Paris. Juin 1996 Rencontre. 5 septembre 2010 Première de la pièce le Prénom. Avril 2012 Sortie du film Le Prénom. Novembre 2014 Sortie du film Un illustre inconnu. 5 septembre 2014 Première de la pièce Un dîner d’adieu. Février 2015 Sortie du film Papa ou maman. 13 septembre 2016 Première de leur nouvelle pièce Tout ce que vous voulez.