D'Oscar Wilde22 octobre au 16 novembre 2014

Le chef d’oeuvre d’Oscar Wilde expose un désir universel, partagé par une grande partie de l’humanité, celui de la jeunesse infinie et de la beauté éternelle.

Cette histoire fantastique, mais aussi philosophique, met en lumière toute la personnalité équivoque du dandy irlandais. Oscar Wilde y a enfermé une parabole des relations entre l’art et la vie, entre l’art et la morale, entre le Bien et le Mal.

CALENDRIER DES REPRÉSENTATIONS

Pour réserver, cliquez sur le segment rouge ou orange de la date souhaitée dans le calendrier.

représentation en matinée (15h)
représentation en soirée (20h15)

DISTRIBUTION

Lord Henry Benoît Verhaert
Dorian Gray Damien De Dobbeleer
Sir Basil Hallward Frédéric Clou
Sybil Vane Léone François Janssens
James Vane/le directeur Nicolas Ossowski
Alan Campbell / Lord Fermor Marc De Roy
Tante Agatha / mère de Sybil Bernadette Mouzon
Duchesse / Lady Henry Myriem Akheddiou
Mise en scène Patrice Mincke
Adaptation Fabrice Gardin et Patrice Mincke
Décor et costumes Charly Kleinermann et Thibaut De Coster

QUELQUES PHOTOS

POUR EN SAVOIR PLUS

« Comme c’est triste, je vais devenir vieux, horrible, effrayant. Mais ce tableau restera éternellement jeune. Il n’aura plus jamais un jour de plus qu’en cette journée de juin… Si seulement ce pouvait être le contraire ! Si c’était moi qui restais toujours jeune, et que le portrait, lui, vieillit ! Pour obtenir cela, je donnerais tout ce que j’ai ! Oui, il n’y a rien au monde que je refuserais de donner ! Je donnerais mon âme ! ».

C’est Dorian Gray, jeune dandy séducteur et mondain, qui fait ce voeu insensé devant son portrait peint par son ami, Basil Hallward : garder toujours l’éclat de sa beauté, tandis que le visage peint sur la toile assumerait le fardeau de ses passions et de ses péchés. Et de fait, seul vieillit le portrait où se peint l’âme noire de Dorian…

Cette histoire est double : elle nous conduit dans un Londres lugubre et louche, noyé dans le brouillard et les vapeurs d’opium, mais nous ouvre également la comédie de salon des beaux quartiers.

Cette histoire fantastique, mais aussi philosophique, met en lumière toute la personnalité équivoque du dandy irlandais. Oscar Wilde y a enfermé une parabole des relations entre l’art et la vie, entre l’art et la morale, entre le Bien et le Mal.

« Chacun de nous porte en soi le ciel et l’enfer. »

PRESSE

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L’écho

L’AUTEUR

OSCAR WILDE

Esprit brillant et conteur éblouissant, Wilde a une intelligence et une lucidité acérées. Dans sa vie, il expérimente tour à tour la dissimulation, puis l’aveu sincère de vérités secrètes. Sous le couvert de l’artificiel, il veut atteindre à une conscience lucide et tragique. Cet homme qui ne savait jamais où finissait le rôle qu’il s’attribuait et où commençait celui que l’existence lui imposa devint, en dépit de l’opposition des milieux traditionalistes, l’idole de l’élite intellectuelle et mondaine de Grande-Bretagne et d’Amérique. Entre 1891 et 1895 se précise une apologie du travestissement, du dilettantisme et de l’immoralisme révélant une théorie autonome de l’art. En 1895, éclate le scandale qui entraîne sa déchéance : Wilde, après un retentissant procès de mœurs, est condamné pour corruption de mineurs et passe deux ans au régime des travaux forcés.

Ruiné dans son honneur et son autorité, abattu par les souffrances physiques et morales, il se réfugie en France et choisit le pseudonyme de Sébastien Melmoth. Hugo von Hofmannsthal a saisi parfaitement le fond tragique de l’œuvre et de la vie d’Oscar Wilde : « Le destin de cet homme aura été de porter successivement trois masques : Oscar Wilde, le forçat C 33 et Sébastien Melmoth. Le son du premier suggère splendeur, orgueil, charme, le second est effrayant, un de ces masques imprimés au fer rouge sur l’épaule d’un criminel. Le troisième est le nom d’un fantôme…»

« J’ai mis tout mon génie dans ma vie et mon talent dans mon œuvre »

Oscar Wilde

Fils d’un chirurgien réputé et d’une femme de lettre engagée dans la lutte irlandaise, Oscar Wilde fait de brillantes études à l’université d’Oxford. Suite à sa rencontre avec John Ruskin, porte-parole du mouvement ‘esthète’, il adhère à ce courant artistique qui prône la recherche du ‘beau’, sans préoccupation morale ou sociale.

Rédacteur en chef du magazine The Woman’s World, il prend fait et cause pour le féminisme. Installé à Londres, il choque la société mondaine par ses extravagances, son cynisme et ses pièces de théâtre sont souvent interdites de représentation.

Mais c’est son roman, ‘Le portrait de Dorian Gray’, qui lui assure le succès. A l’heure où l’homosexualité est punie par la loi, la relation passionnée qu’il entretient avec Lord Alfred Douglas le conduit à purger deux années de travaux forcés. A sa sortie, c’est un homme brisé qui rejoint son amant en Italie.

Enterré au Père Lachaise, Oscar Wilde reste une figure majeure de la littérature dont l’atmosphère singulière continue de provoquer l’admiration.

Oscar Wilde naquit à Dublin en 1854 où il fit des études classiques au Trinity College, puis à l’université d’Oxford, où il eut comme professeur Walter Pater.

Esprit subtil et excentrique, dandy d’une rare élégance, il devint rapidement le favori de la haute société londonienne qui accueillit avec enthousiasme ses premiers Poèmes (1881). Théoricien de l’esthétisme, il fut invité à faire une série de conférences sur le continent américain (1881), puis s’installa à Paris, où il écrivit deux pièces de théâtre (La Duchesse de Padoue – 1883, Véra ou les Nihilistes – 1883) et où il se lia avec Paul Bourget et Edmond de Goncourt.

De retour à Londres (1884), il épousa Constance Lloyd, dont il eut deux enfants, nés respectivement en 1885 et en 1886. Rédacteur en chef du magazine The Woman’s World de 1887 à 1889, il employa son goût du paradoxe et ses talents de pamphlétaire à défendre la cause féministe. Par ailleurs, il publia des contes (Le Prince heureux et autres contes, 1888), puis des nouvelles (Le Crime de lord Arthur Saville et autres histoires, 1891), un essai (Intentions, 1891) et surtout un roman fantastique (Le Portrait de Dorian Gray, 1891), qui met en scène deux personnages dont la vie est débarrassée de toute sentimentalité et dominée par les seules considérations esthétiques. Cette œuvre, hédoniste et nettement influencée par Walter Pater, souleva de nombreuses polémiques qui ne firent que renforcer le succès de Wilde.

Au cours d’un nouveau séjour à Paris en 1891, il fit la connaissance de Mallarmé, de Gide et de Pierre Louÿs, qui devinrent de proches amis. Peu de temps après, il composa Salomé (1891), drame écrit en français à l’intention de Sarah Bernhardt (qui le créa en 1893 à Paris), puis quatre comédies consacrées à la peintures des mœurs de l’aristocratie britannique, qui reçurent un accueil enthousiaste (L’Éventail de lady Windermere, 1892, Une femme sans importance, 1893, Un mari idéal, 1895, De l’importance d’être constant, 1895).

Alors qu’il était au sommet de sa gloire littéraire, la dénonciation publique de son homosexualité par le marquis de Queensberry lui valut une condamnation à deux ans de travaux forcés (1895) et ruina sa réputation. Wilde ne s’en remit jamais. Après être sorti de prison (où il avait rédigé un poème, La Ballade de la geôle de Reading – 1898, et d’étranges confessions, De profundis, posth., 1905), il revint s’installer à Paris où il vécut quelques années dans la solitude, sous le pseudonyme de Sébastien Melmoth, et où il succomba à une méningite en 1900.

INT. PATRICE MINCKE

 Qu’évoquait pour toi Oscar Wilde avant de te pencher sur Le portrait de Dorian Gray suite à la demande du TRG ?

Il y a pour moi deux Wilde : le premier est un personnage impertinent, incisif, imbu de lui-même et brillant, que l’on connaît plus pour son propre personnage que pour ses œuvres. C’est le roi des aphorismes et du dandysme; son esprit force l’admiration et sa prétention force l’antipathie.

Derrière celui-là se cache un autre Wilde, peut-être prisonnier du premier. C’est celui qui donne à toutes ses pièces un dénouement « moral », qui aime les personnages qu’il crée, qui se livre au travers de ses écrits, qui souffre de ne pouvoir vivre librement son homosexualité, qui est tiraillé entre ses enfants qu’il aime et sa vie cachée.

Le premier m’agaçait, et je ne connaissais que peu le deuxième.

En travaillant sur Le portrait de Dorian Gray, j’ai découvert de plus en plus le deuxième, et j’ai été touché par ses angoisses, ses paradoxes et sa vulnérabilité.

Wilde dit à propos de ce livre : « Basil est l’homme que je crois être, Lord Henry celui que le monde m’imagine être, et Dorian celui que j’aimerais être en d’autres temps ». Il s’est donc vraiment dévoilé dans ce Portrait (il fait d’ailleurs dire à Basil : Tout portrait peint avec sincérité est le portrait de l’artiste et non du modèle). C’est sans doute ce qui me l’a rendu passionnant et attachant.

 Quels sont les éléments qui ont éveillé ton intérêt à la lecture du roman ?

Le portrait de Dorian Gray est un étrange roman foisonnant et multiforme. C’est à la fois un roman fantastique, un roman à suspense (Dorian parviendra-t-il à échapper à James, à garder son portrait caché, à ne pas être inquiété pour le meurtre qu’il a commis), un pamphlet défendant les positions de Wilde à propos de l’art et de son rôle, et même un thriller psychologique (un jeune homme naïf est conduit aux pires extrémités sous l’influence d’une espèce de Méphisto).

Les éléments qui ont éveillé mon intérêt étaient donc nombreux… mais pour faire un spectacle cohérent il faut faire des choix, déterminer des axes principaux, concentrer le propos. En effet, le rythme de la lecture d’un roman et celui de la représentation théâtrale sont bien différents, l’un permettant plus de digressions que l’autre.

J’ai donc choisi de braquer les projecteurs sur ce qui me passionne le plus au théâtre : les rapports humains, les émotions qui nous gouvernent, leur influence sur nos vies. Dans cette optique, le portrait en tant que tel passe au second plan : ce qui m’importe ce sont ses répercussions sur le comportement de Dorian. Ce jeune homme riche, beau et naïf, libéré de toute contrainte physique par le tableau et de toute contrainte morale par les théories de Lord Henry, ne va suivre qu’un seul guide : son plaisir. Et nous assistons, médusés, aux choix que celui-ci fait prendre à Dorian, à la transformation du jeune homme suivant ce seul critère.

En fait, l’histoire peut se résumer par la question suivante : que devenons-nous si nous sommes affranchis de toute limite et que notre vie peut n’être vouée qu’à la recherche de notre propre plaisir ?

Cette question est formulée presque littéralement par Lord Henry, qui se livre délibérément à une expérience sur Dorian en cherchant à faire de lui « une œuvre d’art »… Et Wilde est très clair quant au statut d’une œuvre d’art : elle n’existe que pour elle même, ne doit obéir à aucune règle de morale, et sa beauté est sa seule finalité.

L’intrication des pulsions, théories ou morales de tous les personnages autour de cette question du plaisir est assurément ce qui fait pour moi tout l’intérêt théâtral de ce Portrait, et j’ai en tout cas pris beaucoup de plaisir à en explorer les méandres.

 Quelle a été la ligne de conduite pour la scénographie et les costumes ?

Nous avons travaillé, avec Thibaut de Coster et Charly Kleinermann, sur une scénographie qui mette en exergue la manipulation de l’équipe sur le personnage de Dorian. Un peu comme dans « The Truman Show », il y a trois « statuts » de personnages : le sujet principal, Dorian, qui n’a aucun recul sur son histoire et y joue sa vie et son âme, le réalisateur-expérimentateur, Lord Henry, qui tire les ficelles mais peut se faire prendre à son propre jeu, et les acteurs qui les entourent, qui jouent les personnages nécessaires à l’expérience. Ces trois statuts se retrouvent dans la manière d’utiliser le décor, d’être capable d’en sortir, de pouvoir ou non prendre du recul sur les événements.

Le code que nous avons imaginé nous permet en outre de nous affranchir du réalisme, ce qui nous permet de voyager d’un lieu ou d’une période à l’autre, de représenter avec huit comédiens autant de personnages que nous le souhaitons.

C’est une scénographie ludique, fluide, esthétique, dont une partie a été construite avec talent par l’équipe du Théâtre des Galeries, et l’autre dans le plus efficace et le plus grand atelier de construction de décor qu’on puisse rêver : l’imaginaire des spectateurs. Le décor et les costumes, tout comme le portrait d’ailleurs, suggèrent un point de départ, l’imaginaire fait le reste, et nous voilà dans un salon victorien, dans les bas-fonds de Londres ou face à un tableau repoussant.

 Quand tu montes une pièce, qu’est-ce qui t’intéresse en premier lieu ?

L’influence que le spectacle pourra avoir sur le public, les questions et émotions qu’il suscitera. Contrairement à Wilde, je ne conçois mon métier que dans son rapport à la société qui l’entoure. Ainsi, certaines pièces, dont la qualité littéraire est indiscutable, n’ont pour moi aucune raison d’être montées aujourd’hui si les questions qu’elles posent ne sont plus d’actualité. A contrario, certaines pièces trouvent dans notre époque un nouveau souffle, une nouvelle vitalité.

Il me semble que c’est le cas avec la pièce qui nous occupe : remettre en question le bien-fondé de la recherche de plaisir individuel, débattre de la question de l’hédonisme (la recherche du plaisir) ou de l’épicurisme (la recherche d’un bonheur tranquille), me semble aujourd’hui nécessaire et courageux. Wilde a en plus l’audace de ne pas poser les limites de ce plaisir en fonction d’une norme sociale ou d’un fonctionnement de groupe, mais simplement par rapport au bonheur individuel lui-même : ce qui arrête Dorian n’est pas la souffrance des autres (ma liberté s’arrête où commence celle des autres), mais sa souffrance propre. Rechercher inlassablement son plaisir lui apporte finalement énormément de déplaisir. Cette vérité, que Wilde démontre par l’expérience dans son roman, me semble apporter un éclairage intéressant sur nombre de nos comportements en ce début de XXIème, qu’il s’agisse d’éducation des enfants, d’épanouissement professionnel, de gestion de la planète ou de consumérisme.

Une autre question me semble très pertinente aujourd’hui : cette histoire aurait-elle eu le même déroulement si l’homosexualité avait été ouvertement et entièrement admise dans la société du XIXème qui entoure les personnages ? Si Lord Henry n’avait pas dû se marier avec une femme par respect des conventions, si Dorian et lui avaient pu s’embrasser à pleine bouche sur un banc public sans provoquer la moindre réaction de leurs contemporains, si Basile avait pu nommer ouvertement son « admiration artistique » de Dorian par le mot « amour », les relations entre ces trois personnages auraient-elles été aussi tortueuses ? Il me semble tout à fait légitime de se poser la question. Comme on peut se poser la question aussi de savoir si, aujourd’hui, les Dorian, Henry et Basil peuvent se marier, s’embrasser, nommer leur amour sans provoquer plus de réactions que s’ils étaient hommes et femmes… Dorian appelle la société victorienne la patrie même de l’hypocrisie. Et ici, aujourd’hui, comment qualifier la nôtre ?