De Sacha GuitryDu 27 avril au 22 mai 2005

Devant l’ennui, le docteur Marcelin décide de bouleverser sa vie. Les infidélités de sa femme l’agacent, même s’il n’a jamais hésité lui-même à constamment la tromper. Et l’homme, un beau matin, de régler ses comptes avec l’existence en rédigeant son testament. Il se fait passer pour mort et fait rapporter chez lui son veston dans lequel on trouve le testament qui révélera pas mal de secrets. Le document est découvert par son entourage qui réagira, comme il peut, à ces douloureuses révélations.

Le Nouveau Testament est une comédie d’une rare efficacité, qui livre à Pascal Racan un rôle étonnant en bourgeois cynique et désenchanté. Dans un joli décor années ’30, les répliques de Guitry offrent une valse douce-amère au royaume des sentiments.

CALENDRIER DES REPRÉSENTATIONS

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représentation en matinée (15h)
représentation en soirée (20h15)

DISTRIBUTION

Jean Marcellin Pascal Racan
Lucie Marcellin Manuela Servais
Adrien Worms Christian Labeau
Marguerite Worms Patricia Houyoux
Fernand Worms Thibaut Nève
Le valet de chambre Jacques Viala
Mlle Morot Nicole Palumbo
Juliette Lecourtois Claire Tefnin
Mise en scène Pierre Fox
Décors et costumes Thierry Bosquet

QUELQUES PHOTOS

POUR EN SAVOIR PLUS

Rencontre avec Pierre Fox

Comment définir Le Nouveau Testament ?

Sacha Guitry porte un regard sur la société de son époque, mais une société bourgeoise prise dans un certain univers professionnel, à savoir la médecine. Dans certains dialogues autour de ce thème, il y a quelques horreurs qui se disent donc qui révèlent une certaine mentalité. Mais la pièce est surtout un regard sur le couple, la liberté du couple. Une comédie de mœurs.

Que penses-tu de la formule ‘valse douce-amère au pays des sentiments’ ?

L’humour de Guitry domine en quelque sorte l’amertume. Doux, oui ! Mais le plus important dans la pièce, c’est l’amitié qui reste, c’est l’amour qui transcende les rapports physiques, les sentiments qui comptent au-delà de ce que le couple devient. C’est une notion très moderne que beaucoup de gens essaient d’appliquer aujourd’hui même si malheureusement ils n’arrivent pas toujours à préserver les sentiments qui deviennent de l’amitié. Dans cette pièce, on trouve une protection de l’essentiel. Qu’est-ce qui se passe après l’amour ? Guitry propose un discours sur le temps qui passe, où l’essentiel acquiert encore plus de valeur. On a souvent dit que Guitry était superficiel. Ce n’est pas le cas ici. Autour de personnages qui pourraient paraître superficiels et qui sont pris dans des situations parfois proches du vaudeville, il écrit une comédie où les sentiments ont une importance capitale. Il traite du problème de l’homme qui avance dans le temps, c’est-à-dire le problème de l’âge. Il ne faut plus perdre son temps, donc ne nous égarons plus dans des mesquineries… Autant s’amuser en changeant de route que s’abîmer en restant ensemble sans plaisir, ça n’empêche pas l’amitié. C’est tout le discours de Guitry.

Cette pièce est moins cynique que d’autres de Guitry ?

Elle est humaine. En la lisant, je me suis dit qu’elle était d’une modernité incroyable. Évidemment, il y a un style qui est propre à Guitry, mais ça ne veut pas dire qu’on ne peut pas le jouer de façon contemporaine. Ce n’est pas du musée, on ne fait pas une ‘reconstitution’.

C’est une comédie drôle et noire à la fois ?

Si on veut l’analyser avec un esprit triste, c’est noir. Mais l’esprit Guitry est ailleurs. Il arrive à faire rire et non pleurer car il est brillant et profond. Il positive. Le Nouveau Testament, même si on n’est pas là pour se torturer, pourrait faire réfléchir pas mal de gens.

Il y a quand même de la désillusion chez le personnage de Jean ?

Bien sûr mais une désillusion sur laquelle il prend lui-même le dessus. Jean va prendre les choses en mains. Se sachant cocu par le fils de son ami, il réfléchit. Il se dit : pourquoi irai-je m’accrocher à une femme qui ne m’aime plus et qui reste avec moi parce qu’elle est mon épouse aux yeux d’une société bourgeoise. Avec ce regard-là et de l’humour, il décide de se réaliser lui. Toutes ses réflexions sont teintées d’humour. Comme Guitry dans la vie. Et là, on retrouve l’auteur qui a joué le rôle principal de toutes ses pièces. Il a écrit pour lui, inspiré par sa vie. Ce qu’il dit est culotté car à l’époque les mœurs n’étaient pas officiellement libérées. Nous avons un certain regard aujourd’hui sur le théâtre de Guitry car nous avons des références par rapport à lui, son théâtre, son cinéma, son époque. On perçoit le regard critique de Guitry. Mais il est moins noir dans cette pièce que dans d’autres où il est beaucoup plus désillusionné. Ici, son message terminal est positif. Toutes les conversations de Jean avec ‘ses’ femmes sont positives. Il dit : ‘on ne va pas s’en faire pour ça’. Comme il est vaniteux, il veut bien tromper mais n’aime pas être trompé, il s’en sort par des pirouettes vis-à-vis des gens qui auraient pu le faire souffrir, mais décide de ne pas souffrir. Il y a aussi un fait dans la pièce qui l’humanise très fort car ça le rend sensible. Mais on ne va pas tout dévoiler !

Pourquoi Pascal Racan est-il le casting idéal pour le personnage de Jean ?

Pascal a un emploi de premier rôle, c’est un comédien pour qui tout a l’air facile, et qui se glisse facilement dans la peau de ce genre de personnage car il en a l’humour et la séduction. Pour jouer Guitry, il faut de la virtuosité. C’est valable évidemment pour toute la distribution et travailler avec ce ‘casting’ est un énorme plaisir. Mais jouer Guitry représente aussi beaucoup de travail car le texte est formulé de façon littéraire par moments. Il y a un travail de sens à trouver dans ces phrases, longues et remplies de ponctuation, pour que ça créé l’affrontement entre les acteurs et que ça touche le public. Il ne faut pas perdre de vue que derrière les dialogues, il y a une histoire à raconter. Comme il n’y a qu’un seul lieu, nous sommes confrontés à une réalité (marcher, s’asseoir, bouger,..), il n’y a pas de grandes actions scéniques possibles. Il faut inventer dans la dynamique, dans le sentiment. Par rapport au décor, il faut qu’on puisse fonctionner dans le lieu défini par les mots.

Pour conclure, quels sont les atouts à tes yeux du Nouveau Testament ?

C’est magnifiquement construit. L’alternance entre les scènes de panique (par rapport à l’adultère par exemple) et les scènes de douceur entre Jean et les femmes est quelque chose qui me touche très fort. Au-delà des jolis mots, il y a une vraie tendresse, ces gens ne sont pas là pour régler des comptes, ils font un bilan, il y en a toujours un qui remet les choses à leur place. Tous les rôles sont intéressants. C’est la force de ce style d’auteurs-acteurs. Et puis, personnellement je me sens plus à l’aise dans les pièces où le message passe dans le sourire ou le rire, peut-être parce que c’est aussi, un peu, ma façon de vivre ‘la vie’.

Citations de Sacha Guitry sur le mariage…

Etre marié, avoir une maîtresse – et tromper celle-ci avec n’importe quelle créature, cela donne un peu l’impression qu’on redevient fidèle à sa femme – paraît-il.

Le célibat, on s’ennuie … Le mariage, on a des ennuis…

Abstenez-vous de raconter à votre femme les infamies que vous ont faites les précédentes. Ce n’est pas la peine de lui donner des idées…

Le mariage est comme le restaurant : à peine est-on servi qu’on regarde dans l’assiette du voisin…

La personne de ma femme n’a pas de prix et je sais ce qu’il m’en coûte !

Pour se marier, il faut un témoin. Comme pour un accident ou un duel…

Je connais une femme très vertueuse. Elle a eu le malheur d’épouser un cocu. Depuis elle couche avec tout le monde….

Nous ne devons épouser que de très jolies femmes… si nous voulons qu’un jour on nous en délivre !

Le pire que vous puissiez faire à l’homme qui vous a pris votre femme, c’est de la lui laisser.

L’ AUTEUR

Sacha Guitry

Sacha Guitry est né le 21 février 1885 à Saint-Petersbourg d’un père comédien, l’illustre Lucien Guitry, et d’une mère comédienne, Renée de Pontry. Il arrive à l’âge de cinq ans en France. Il décède à Paris le 24 juillet 1957 au terme d’une vie exceptionnelle.

L’œuvre de Sacha Guitry est colossale. Elle lui a apporté la gloire et le succès à la mesure de son immense talent. A la fois auteur, comédien, réalisateur, il a réalisé 36 films (dont 17 sont tirés de son théâtre et 19 réalisés à partir de scénarios originaux) et 124 pièces de théâtre en 56 ans de vie artistique. Beaucoup de ses pièces furent de grands succès et sont restées comme des classiques du théâtre français. Pour certaines, il s’agit de longs monologues qu’il interprète lui-même. Les autres acteurs faisaient souvent office de faire-valoir et permettaient à Sacha Guitry de reprendre son souffle.

Entre 1903 et 1954, il fait éditer ou publier 32 ouvrages divers, 9 oeuvres posthumes suivront. Sa bibliographie comporte plus de 210 volumes. De 1902 à 1957, il signe près de 900 articles de presse. De 1908 à 1955, il donne une quarantaine de causeries diverses. De 1920 à 1955, il enregistre une trentaine de disques. Il a dessiné plusieurs centaines de caricatures, peint plusieurs dizaines de tableaux, sculpté 3 bustes de Jules Renard.

Il est important de signaler que Sacha Guitry était un amoureux des femmes et fut d’ailleurs marié à cinq reprises. Il s’exprime ainsi au sujet du mariage « Vous ne pouvez pas savoir ce qu’on s’ennuie à Londres un dimanche ! Je m’y étais rendu le samedi, c’était déjà intolérable, le dimanche, c’était impossible, et le lundi je trouvai enfin quelque chose à faire : je me mariai. »

A partir d’avril 1905, Sacha Guitry vit avec Charlotte Lysès (née à Paris le 17 mai 1877). Lucien Guitry, ayant pour l’actrice des sentiments semblables à ceux de son fils, prend mal la chose. Mais Charlotte Lysès et Sacha Guitry se marient le 14 août 1907 à Honfleur. Elle crée 19 pièces de son mari. Séparés en avril 1917, leur divorce sera prononcé le 17 juillet 1918. Charlotte Lysès est décédée à Saint-Jean-Cap-Ferrat le 6 avril 1956.

A partir d’avril 1917, Sacha Guitry vit avec Yvonne Printemps (née à Ermont le 25 juillet 1894). Il l’épouse à Paris le 10 avril 1919 avec comme témoins Sarah Bernhardt, Feydeau, Lucien Guitry et Tristan Bernard. Durant leur vie commune, Yvonne Printemps crée 34 pièces de Sacha Guitry, en reprend 6 autres et interprète un de ses films. Séparés le 15 juillet 1932, leur divorce sera prononcé le 7 novembre 1934. Yvonne printemps est décédée à Neuilly-sur-Seine le 18 janvier 1977.

A partir de 1932, Sacha Guitry vit avec Jacqueline Delubac (née à Lyon le 2 mai 1907). Il l’épouse à Paris le 21 février 1935. Elle jouera 23 pièces de son mari, dont 10 créations et 13 reprises à Paris et en tournée. D’autre part, elle interprétera 11 de ses films. Séparés le 15 décembre 1938, leur divorce sera prononcé le 5 avril 1939. Jacqueline Delubac est décédée à Paris le 14 octobre 1997.

A partir de 1939, Geneviève de Séréville (née à Saint-Just-en-Chaussée le 3 mai 1914) partage la vie de Sacha Guitry. Leur mariage est célébré les 4 et 5 juillet 1939 à Fontenay-le-Fleury. Elle crée 5 pièces de son mari à Paris, en reprend 4 autres à Paris ou en tournée et interprète 5 de ses films. Séparés en avril 1944, leur divorce est prononcé le 25 juillet 1949. Geneviève de Séréville est décédée à Neuilly-sur-Seine le 6 juillet 1963.

Lana Marconi (née le 8 septembre 1917) vit avec Sacha Guitry à partir de mai 1945. Il l’épouse le 25 novembre 1949 à Paris. Elle crée 7 pièces de son mari, en reprend 2 autres et interprète 12 de ses films. Lana Marconi est décédée à Neuilly-sur-Seine le 8 décembre 1990.

Fils de Lucien Guitry qui fut un très grand acteur de théâtre, voir même le plus grand comédien de son temps, Sacha Guitry lui voua une admiration sans bornes bien qu’ils furent fâchés quelques temps. Il eut comme amis de grands peintres comme Claude Monnet dont il possédait plusieurs tableaux. Il côtoya de grands écrivains comme Alphonse Allais (rencontré en 1905 et avec qui il écrivit une pièce), Georges Courteline, Octave Mirbeau, Georges Feydeau, Tristan Bernard, Anatole France, Edmond Rostand. Ainsi il eut comme amis intimes les plus grands génies du début de ce siècle. Il leur témoignera son admiration en les filmant en 1915 dans un film « Ceux de chez nous » qui les présente en pleine séance de travail. Collectionneur averti, il eut une passion pour les œuvres de ses amis et en fut grand amateur.