De Molièredu 18 juillet au 1er septembre 2011

Le Médecin malgré lui est une farce réjouissante où le bûcheron Sganarelle, successivement mari dupé, faux médecin et marieur, réussira quelques jolis tours de force. Quand il aura battu Géronte, séduit la nourrice, acheté la confiance des tourtereaux Lucinde et Cléante, et risqué la pendaison, il n’aura plus qu’à faire la paix avec sa femme ! Le rire faisant fi des convenances, les serviteurs endossent ici l’habit des maîtres avec la bénédiction du spectateur. Trois actes qui correspondent à trois thèmes : la querelle de ménage, la satire de la médecine, l’intrigue amoureuse.

CALENDRIER DES REPRÉSENTATIONS

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représentation en matinée (15h)
représentation en soirée (20h15)

DISTRIBUTION

Sganarelle Michel Poncelet
Martine Angélique Leleux
Jacqueline Perrine Delers
Lucas Jean-Paul Clerbois
Léandre Damien De Dobbeleer
Lucinde Lisa Debauche
Géronte Bernard Lefrancq
Mise en scène Bernard Lefrancq

POUR EN SAVOIR PLUS

Au temps de Molière

En 1666, Molière triomphe comme auteur, comédien et chef de troupe du roi. Mais il est aussi l’objet de nombreuses critiques lorsqu’il fait représenter Le Médecin malgré lui.

Considéré jusque-là comme un simple amuseur, il s’est lancé depuis quelques années dans un genre intermédiaire, à la frontière du tragique, où la peinture de caractères s’enrichit d’une réflexion sur l’hypocrisie dans les comportements individuels et les institutions sociales, ce qui lui vaut de violentes critiques. Le Tartuffe, où l’on voit un faux dévot s’établir dans une famille qu’il tente de dilapider, a été interdit. Le personnage de Dom Juan qui, dans sa quête du plaisir et de la liberté, tient tête jusqu’au bout à la menace chrétienne de l’Enfer, et qui finit par prendre le masque du dévot pour que la société le laisse tranquille, relance le scandale. Deux mois avant Le Médecin malgré lui, Molière subit un échec avec Le Misanthrope : Alceste y apparaît en révolté, qui condamne l’hypocrisie d’une société fondée sur le mensonge.

On considère généralement que Le Médecin malgré lui, écrit juste après Le Misanthrope, marque un retour au gros rire destiné à plaire et à accroître les recettes. De fait, cette pièce est une de celles que Molière a reprises le plus souvent (59 fois), ce qui témoigne de son succès.

Aux sources du comique : la farce et le théâtre italien

La farce est un genre comique populaire fondé sur des jeux de scène, et des mimiques propres à déclencher l’hilarité. Très présente au Moyen Âge et à la Renaissance, elle avait à peu près disparu au XVIIe siècle. Molière la ressuscite pendant sa période itinérante : les farces forment le fond du répertoire de la troupe ambulante de comédiens avec laquelle il parcourt la France pendant douze ans. Il écrit lui-même deux farces dont les textes sont parvenus jusqu’à nous : La Jalousie du barbouillé et Le Médecin volant. Huit ans après ses débuts à la cour, il y revient : Le Médecin malgré lui, à commencer par la dispute conjugale, prétexte à injures, qui ouvre la pièce, et bien sûr ses multiples coups de bâton, est une farce particulièrement survoltée. Molière est aussi fasciné par le jeu des comédiens italiens qui, au XVIIe siècle, remportent un succès croissant: Louis XIV les promeut comédiens du roi. D’Italie, ils apportaient une nouvelle forme de spectacle, la commedia dell’arte, bien connue pour ses types : les vieillards comme Pantalon, les jeunes premières amoureuses, les soubrettes et surtout les valets intrigants, tels Arlequin et Brighella. Les comédiens improvisent à partir d’un canevas dramatique simple, pratiquent l’art de la pantomime en jouant de leurs corps (voltiges, pirouettes, coups de bâton) dans des jeux de scène bouffons. Insolents et railleurs, ils risquent souvent sur scène des obscénités sexuelles, des jeux de mots grossiers, toutes sortes d’injures. Leurs pièces, en italien mais aussi en français, sont très libres et forment l’envers du théâtre classique, l’envers d’un monde ordonné par les règles, la vraisemblance et la bienséance. Quant à leur jeu et à leur diction, ils sont eux aussi à l’opposé de ceux des comédiens de l’Hôtel de Bourgogne, où l’on donne les tragédies, et où domine une esthétique austère, avec des corps figés, raides, et une diction ampoulée toujours à la limite de la déclamation. On sait par des témoignages que Molière acteur a copié la mimique et les savantes gesticulations des Italiens. La tradition veut même qu’il ait été, dans sa jeunesse, l’élève du célèbre bouffon italien Scaramouche. Donneau de Visé écrit dans son hommage funèbre : « Il était comédien depuis les pieds jusqu’à la tête ; il semblait qu’il eût plusieurs voix; tout partait en lui et d’un pas, d’un sourire, d’un clin d’œil et d’un remuement de tête, il faisait concevoir plus de choses qu’un grand parleur n’aurait pu dire en une heure. »

Sganarelle, le médecin

Molière retrouve avec cette farce le personnage de Sganarelle, qu’il a toujours interprété, et déjà présent dans cinq pièces écrites de 1660 à 1666 : Sganarelle ou Le Cocu imaginaire, L’École des maris, Le Mariage forcé, Dom Juan, L’Amour médecin. Incarnation suprême et dernière, le Sganarelle du Médecin malgré lui était en fait apparu pour la première fois dans une farce datant de la période de l’Illustre Théâtre : Le Médecin volant, où il était déjà un médecin rusé et joyeux. Ainsi, le dernier Sganarelle rejoint le premier. Un lien unit donc le personnage à l’habit de médecin, qu’il endossait rapidement dans Dom Juan, et qu’il assume triomphalement dans le Médecin malgré lui. Cette pièce appartient en effet à !a lignée des comédies de Molière qui proposent une satire de la médecine, jusqu’à la dernière, Le Malade imaginaire, où le vieil Argan vit entre purges et lavements, victime de M. Fleurant l’apothicaire, de M. Purgon, et surtout de Diafoirus père et fils, médecins imbéciles et ignorants. La figure du médecin est d’ailleurs une très vieille source comique, comme l’atteste, au Moyen Âge, le fabliau du Vilain Mire, dont s’inspire ici Molière. Il faut dire que le médecin-apothicaire, avec ses allures de sorcier, est aussi un bonimenteur, dont le bagout était bien connu des habitants de Paris. Molière enfant y fut sans doute sensible lorsqu’il accompagnait son grand-père au Pont-Neuf. Car Sganarelle est surtout, dans Le Médecin malgré lui, l’emblème du comédien qui, par ses prouesses et ses voltiges, fait triompher l’amour et la comédie. Le spectateur, loin de le condamner, est ébloui par ses facéties verbales qui lui permettent de saper l’autorité d’un vieillard tyrannique, tandis qu’il sème le désordre et la gaieté dans un univers familial triste, fondé sur le respect et l’obéissance au père et au maître tout-puissant. Ainsi, Sganarelle obéit bien au sens étymologique de son nom. Le verbe italien sgannare signifie, « désabuser », « détromper » : Sganarelle, grâce à son déguisement, révèle au spectateur l’hypocrisie d’une société. La farce, sans quitter pour autant le registre comique, permet au public d’en prendre conscience.

L’œuvre aujourd’hui

Des signes trompeurs

Certes, la médecine d’aujourd’hui n’est pas celle d’autrefois, mais la condamnation d’une institution qui a un tel pouvoir reste d’actualité. Les médecins au temps de Molière s’exprimaient en latin ou avec des termes techniques et savants, inintelligibles pour les autres, portaient avec solennité robes noires et chapeaux… Or toutes ces mesures d’intimidation utilisées par les médecins au temps de Molière, fondées sur le vêtement, la gestuelle, le langage, n’ont pas disparu. Ainsi, certains médecins peuvent encore aujourd’hui faire peur lorsque, à un patient angoissé, ils imposent un diagnostic obscur, sans que l’on ose leur opposer quoi que ce soit. Car le pouvoir des médecins repose sur la peur, ce que mettra en scène Molière dans Le Malade imaginaire avec Argan, si hanté par son angoisse de mort et d’abandon, qu’il « gobe » tout.

Ici aussi, Géronte « gobe » tout, jusqu’au plus incroyable. Cependant, ce n’est pas la peur de la mort qui l’anime, mais son goût pour l’argent. Puisqu’il ne pourra marier sa fille malade à temps pour en tirer un grand profit financier. Aussi le spectateur peut-il se réjouir à bon droit que Géronte reçoive des coups de bâton et perde sa bourse, juste punition de sa convoitise et de ses abus de pouvoir. Dès lors, c’est surtout la bêtise du dupé qui est mise en scène : Géronte croit aux signes que lui donne Sganarelle, son vêtement, son langage, ses postures… et c’est la force aveugle de la crédulité, toujours contemporaine, qui se trouve condamnée. Pensons aujourd’hui à ceux qui croient les charlatans, paient cher pour des potions ou des formules magiques…

Reste que si Sganarelle, en trompant Géronte, fait du spectateur le complice amusé de cette mascarade, n’oublions pas qu’il dupe aussi Thibaut et Perrin, de simples paysans, inquiets pour la santé de la mère de famille. Si la scène reste dans le ton de la farce, le faux médecin n’en est pas moins redoutable, volant plus pauvre que lui, jouant de la légitime angoisse de voir mourir un être cher.

Finalement, tout est affaire de langage et d’autorité, comme nous l’indiquait d’emblée la première réplique de la pièce : « C’est à moi de parler et d’être le maître. » Et malheur à ceux qui, tel le paysan analphabète, sont exclus de la maîtrise du langage : ils seront forcément dupés.

La robe noire des médecins, même parodiquement portée par un bouffon virtuose de l’intrigue et du verbe, nous rappelle aussi d’autres robes, celles des dévots, à qui Molière s’était affronté dans le Tartuffe.

Par ailleurs, dans son ultime réplique adressée à sa femme (« et songe que la colère d’un médecin est plus à craindre qu’on ne pourrait croire »), Sganarelle continue à jouer de son habit pour réaffirmer son autorité virile et conjugale. Méfions-nous des postures et des beaux-parieurs, semble nous dire Molière, surtout quand ils sont au servie d’un pouvoir : sous le rire final, demeure la menace.

La revanche des faibles

La pièce aborde aussi un sujet très contemporain : la revanche des femmes contre le pouvoir des hommes… Sganarelle et Lucas, si opposés pourtant (à l’un la vivacité, à l’autre la bêtise), sont des maris tyranniques. Sganarelle, ivrogne et menteur, bat sa femme pour la contraindre au silence ; Lucas assène à la sienne un « Morgué, tais-toi ». Or Martine se venge de Sganarelle en le faisant battre à son tour. Et Jacqueline ridiculise le pauvre Lucas, qui paraît bien stupide à ses côtés.

Géronte, lui, incarne deux types d’autorité : celle du père et celle du maître. À Jacqueline, qui lui rappelle la loi du cœur, il oppose son arbitraire volonté pour choisir un mari à sa fille : « Ce Léandre n’est pas ce qu’il lui faut. » Or la pratique des mariages arrangés n’a pas partout disparu. Géronte devient même une sorte de bourreau, séquestrant sa fille. Mais Lucinde, au dernier acte, alors qu’elle était jusque-là muette, fait entendre haut et fort sa rébellion. Père délirant, Géronte est aussi un riche bourgeois servi par ses domestiques. Et à travers le couple Géronte-Sganarelle, même si Sganarelle n’a pas dans la pièce statut de valet (mais il représente ici, comme cela est souligné au premier acte, une condition sociale inférieure), c’est bien symboliquement d’un affrontement maître-serviteur qu’il s’agit, dont Sganarelle sort vainqueur. Mais cette revanche ne passe pas par une épreuve de force. L’espace de la comédie, comme celui du carnaval, la raillerie, la ruse, les déguisements et les joies du langage viennent triompher de l’esprit de sérieux incarné par le maître. Comme si, décidément, on ne pouvait se délivrer des abus de pouvoir que par la parole et le rire…

MOLIÈRE

Nom : Jean-Baptiste Poquelin, dit Molière.

Naissance : Janvier 1622 à Paris.

Famille : son père est “tapissier du roi” ; sa mère meurt alors qu’il a dix ans.

Formation : scolarité chez les jésuites à Paris, puis études de droit à Orléans.

Début de sa carrière : à partir de 1643, rencontre et association avec Madeleine Béjart (quittée plus tard pour sa jeune sœur, ou sa fille) ; abandon des traditions familiales ; engagement dans le théâtre comme auteur, directeur de troupe et comédien ; choix du pseudonyme de Molière en 1644 ; participation aux aventures de “l’Illustre-Théâtre” ; vie itinérante et souvent difficile pendant quinze ans.

Premiers succès : arrivée à la cour en 1658 et premier grand succès public avec Les Précieuses ridicules, en 1659. Triomphe de L’École des femmes en 1662, première grande comédie de Molière en cinq actes et en vers. Mais premières critiques violentes aussi : défense de Molière dans La Critique de “L’École des femmes” et L’Impromptu de Versailles en 1663.

Tournant de sa carrière : Le Tartuffe (1664), pièce rapidement interdite de représentation. Remplacement par Dom Juan (1665), jugé également dangereux et tombant, malgré son succès, après quinze représentations. Dernière grande comédie sombre et audacieuse : Le Misanthrope (1666).

Dernière partie de sa carrière : obtention du statut officiel de “Troupe du roi”, installation au théâtre du Palais-Royal, choix de divertissements plus gais (“comédies-ballets”), retour à une veine plus légère, proche de la farce : Le Médecin malgré lui (1666), Amphitryon, George Dandin et L’Avare (1668), Le Bourgeois gentilhomme (1670), Les Fourberies de Scapin (1671), Les Femmes savantes (1672), Le Malade imaginaire (1673).

Mort : le 17 février 1673. Enterrement clandestin, de nuit, le 21 février 1673.

RÉSUMÉ

Martine, battue par son mari, décide de se venger en faisant croire qu’il est médecin et qu’il a obtenu des guérisons miraculeuses, mais qu’il ne se reconnaît médecin que par la force. Valère et Lucas assènent donc des coups de bâton à Sganarelle pour qu’il avoue !

Dans la maison de Géronte, leur maître, Sganarelle va soigner Lucinde, devenue subitement muette. Là, sous son nouvel habit, il joue gaiement son rôle, donne à son tour des coups de bâton à Géronte, courtise Jacqueline sous les yeux de son mari, et après la consultation de Lucinde, assaisonnée de latin de cuisine, se fait grassement payer par le vieillard.

Léandre, l’amoureux de la jeune fille, révèle à Sganarelle la supercherie : Lucinde feint d’être muette pour empêcher le mariage arrangé par son père. Sganarelle, à nouveau richement payé par Léandre, accepte de les secourir. Lucinde avoue ses sentiments à son père et s’enfuit alors avec Léandre, tandis que Sganarelle occupe Géronte. Mais Lucas le dénonce : Sganarelle est menacé de pendaison, avant qu’un coup de théâtre n’arrange heureusement la situation.