de Pascal VrebosDu 9 février au 6 mars 2011

Le ménage à trois qui a fait vaciller l’un des plus anciens trônes du monde et défrayé la chronique internationale est une tragi-comédie où se mêlent le drame et l’innocence, l’arrogance et le doute, le flegme et la violence, les fastes et les frasques, la tradition et la modernité.

Camilla Parker Bowles, Diana Spencer et le prince Charles d’Angleterre. Deux ennemies jurées et un arbitre. Sans oublier Andrew, le mari trompé mais complaisant de Camilla, les enfants écartelés, la reine dépassée, l’aristocratie choquée, le monde politique et l’Église déchirés.

CALENDRIER DES REPRÉSENTATIONS

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représentation en matinée (15h)
représentation en soirée (20h15)

DISTRIBUTION

Diana, la Princesse de Galles Stéphanie Van Vyve
Charles, le Prince héritier Nicolas Buysse
Camilla Ingrid Heiderscheid
La Reine Elisabeth Louise Rocco
James, le Majordome Freddy Sicx
Mise en scène Fabrice Gardin
Décors Anne Guilleray
Costumes Françoise Van Thienen
Conception lumières Félicien Van Kriekinge
Décor sonore Laurent Beumier

QUELQUES PHOTOS

Charlotte sampermans : 0495 / 62 53 12 – csphotographie@gmail.Com

POUR EN SAVOIR PLUS

Dans la meilleure tradition royale, il y a eu deux créatures dans la vie du prince Charles : une femme imposée par la Cour pour la pérennité de la dynastie et une femme qu’il aime. La première – chair fraîche et virginité certifiée par les médecins, née du meilleur sang bleu – est là pour remplir le contrat royal : donner deux héritiers et montrer l’exemple. La seconde comprend le prince comme nulle autre femme, lui donne confiance, le materne – et il en a bien besoin -, lui insuffle son énergie vitale dans un accord charnel qui fait trembler la Couronne. Elle l’a accompagné dans les épreuves, les victoires, les défaites ou les traversées du désert.

Si la loi islamique punissant de mort l’adultère par la lapidation était appliquée à la haute société britannique, il serait extrêmement difficile de trouver quatre personnes pour faire un double mixte ! À l’époque des mariages arrangés, avoir des maîtresses était le plus souvent le seul passeport pour le plaisir. Le système avait l’avantage d’éviter le divorce préjudiciable aux enfants.

On s’aime, on se déchire, on se prend, on se déprend… Cette chronique romancée qui se déroule pendant plus de trente ans a pour cadre des palais, des manoirs, des garçonnières et des terrains de polo, glamour et mortifères.

Dans les décors de Buckingham Palace, de Highgrove et de Windsor, dans la capitale comme dans la campagne, on observe les intrigues et les haines au sommet, les discussions familiales et les petits secrets d’une royauté qui fait toujours rêver. Voilà une incroyable histoire d’amour qui est aussi une formidable étude sociologique sur l’aristocratie britannique, ses codes, sa hiérarchie rigoureuse, ses lambeaux de gloire. Derrière le conte de fée et le drame se cache un thriller de la haute société la plus secrète et la plus puissante du monde.

Le soap opéra royal offre aussi une plongée dans la comédie humaine qu’est la presse populaire, laquelle s’enchante des frasques des Windsor. Les embrouilles sentimentales affichées au grand jour réjouissent les médias et alimentent les caisses. Les héros sont victimes ou consentants, mais toujours leurs aventures, mises en scène par la presse de caniveau et amplifiées par l’opinion publique, les dépassent jusqu’à devenir parfois des enjeux politiques.

Au-delà de l’amour, ce ménage unique, qui a bouleversé le cours de l’histoire britannique et évoque le bruit et la fureur de Shakespeare, est aussi un choc d’ambitions : la détermination de Diana à épouser le célibataire le plus célèbre au monde et à devenir princesse de Galles, la volonté de Camilla d’égaler sa parente Alice Keppel, maîtresse du prince de Galles puis roi Edward VII, et le souci de Charles d’assurer la pérennité dynastique.

Et puis le destin, le fatum, s’en est mêlé. Comme dans les tragédies antiques.

Nul plus que Shakespeare n’imprègne l’Angleterre. Rien de ce qui la touche ne peut se comprendre sans lui. Et ce ménage à trois se lit comme une tragédie du maître de Stratford-upon-Avon. Charles, c’est Hamlet, le prince troublé du Danemark, peu sûr de lui, mélancolique, passif, mais aussi déterminé et compatissant. Camilla serait une Lady Macbeth en plus doux, personnage mêlant désir féminin, manipulation et domination. Enfin, Diana fait immanquablement penser à Desdémone, la jeune épouse d’Othello, dit le Maure, devenue piège à fantasmes si puissants qu’elle s’y est immolée. Le destin a fait son œuvre dans des vies réglées en bouleversant une voie toute tracée.

Shakespeare savait d’instinct provoquer les larmes mais aussi le rire. Un homme et deux femmes, un adultère, la famille et les amis, les mensonges, les indiscrétions, les rebondissements, le tout sous le regard impassible de Sa Majesté : cette chronique intime a aussi tous les ingrédients d’une comédie de mœurs.

Charles-Camilla-Diana, ce n’est pas seulement une formidable histoire d’amour, c’est aussi une extraordinaire saga de cynisme et d’utilitarisme comme seule une vieille dynastie peut en créer.

Aux pires heures de la crise, beaucoup se demandaient si la monarchie britannique n’était pas devenue, ainsi que le disait Byron de l’Italie, la triste mère d’un empire défunt. L’institution royale a survécu aux frasques des joyeux héritiers Windsor. Peut-être parce que le souverain tient une place centrale dans cette nation que les crises du cœur et les assauts d’une presse vorace n’ont jamais menacée.

La démocratie couronnée jouit plus que jamais de l’adhésion de ses sujets.

PASCAL VREBOS DE PATMOS, DRAMATURGE ET THAUMATURGE

par Jacques De Decker,

Secrétaire perpétuel de l’Académie royale de langue et littérature françaises de Belgique.

Depuis plus d’une décennie, sous le soleil de Patmos, s’écrivent d’autres ouvrages que la sublime Apocalypse que l’on doit à Saint Jean. Les touristes ont accès à la grotte où se composa cette visionnaire évocation d’une finalité cosmique. Peut-être visitera-t-on un jour un autre lieu d’écriture installé sur cette île de la Mer Égée : la terrasse où, l’été, Pascal Vrebos se voue pleinement à l’écriture, et plus particulièrement à son œuvre de dramaturge. Le voisinage avec le refuge devenu mythique du prophète n’est pas fortuit.

Si Vrebos a ressenti le tropisme de ce lieu inspiré entre tous, c’est que son penchant littéraire, et plus précisément théâtral, l’orientait irrésistiblement vers ce promontoire hellénique. Pour beaucoup d’écrivains, l’espace où l’on rédige a une importance majeure, et c’est bien le cas en l’occurrence. Son univers mental s’inscrit dans une manière de grand écart entre les thématiques de fins dernières et un souci permanent de lisibilité, d’accessibilité. Une polarité qui l’obsède, et définit d’ailleurs aussi sa démarche d’informateur.

Vrebos est un auteur prodigue, on ne peut que le constater à soupeser le poids du volume réunissant son théâtre complet, il est aussi un écrivain prodige. Il n’avait pas dix-huit ans quand sa première pièce fut montée. Un Agenda orange dont je vis la création dans la chapelle de Boendael à Bruxelles, au lendemain de la grande bousculade intellectuelle de 1968. Le texte, déjà, était fouettant : on y voyait à l’œuvre un nouvel auteur pour qui la scène était surtout la caisse de résonance d’un langage qui avait secoué tous ses jougs.

Quels avaient été les incitants de ce très jeune homme à rivaliser avec Molière et Shakespeare ? Deux rencontres, essentiellement. L’une, bien concrète, avec un poète de la scène qui s’inscrivait dans une lignée que seule la Belgique pouvait engendrer. Paul Willems, qui présidait à l’époque aux destinées du Palais des Beaux-Arts de Bruxelles, était le descendant en droite ligne de Maeterlinck, de Crommelynck et de Ghelderode. Comme pour ses prédécesseurs, la cage de scène lui semblait pouvoir être ouverte à tous les sortilèges : il est donc probable que c’est par ce voisinage que Vrebos vit d’emblée que le théâtre pouvait ne pas être mimétique, c’est-à-dire refléter le « réel » que nos sens permettent de capter, mais nous faire accéder à une autre dimension, que le langage est à même de faire advenir.

Un autre écrivain l’a confirmé dans cette conception, Eugène Ionesco. L’auteur de La cantatrice chauve était encore, à l’époque, en pleine élaboration de son œuvre (Le Roi se meurt date de 1962), et Vrebos s’inscrit comme naturellement dans son orbite. Il trouve en lui son émancipation poétique, il voit que le découplage du signifié et du signifiant est un formidable levier de la communication théâtrale, parce qu’il stimule la vigilance du spectateur, confère à chaque personnage une créativité singulière, fomente la collision sur scène d’univers verbaux divers, voire disparates, et tire de ces heurts un enchevêtrement de déflagrations qui maintiennent la pièce à un très haut niveau de surchauffe lexicale et de virulence logique.

La réunion en un seul volume de l’ensemble de son œuvre théâtrale est à cet égard une contre-expertise très révélatrice. Elle atteste, pour commencer, de l’évidente cohérence de ce travail. Vrebos est porteur de quelques idées fixes qui relèvent des grandes interrogations des bipèdes que nous sommes. En attendant de mourir, nous sommes appelés à nous reproduire, à nous organiser en sociétés, à échafauder ce qu’il est convenu d’appeler de la civilisation. Le problème, c’est que dans tous ces cas de figures, nous nous y prenons très mal.

L’amour est souvent une simagrée qui dissimule mal des mobiles qui n’ont rien d’édifiant, nos sociétés sont, comme l’aurait dit Ionesco, de formidables bordels qui attisent plutôt qu’elles n’apaisent nos pires pulsions, et, en fait de civilisation, on a plutôt affaire à du décervelage. Ces données-là constituent la base continue d’un arsenal de comédies plus ou moins farcesques dont on s’aperçoit que même si certaines d’entres elles ont plus d’un quart de siècles d’âge, elles restent toujours aussi pertinentes. C’est que l’époque s’est mise à ressembler à du Vrebos. A l’heure de la pornocratie, du matérialisme triomphant, de la déroute idéologique généralisée, du cynisme sans frontières, l’univers de Vrebos a l’air de s’être disséminé à perte de vue. Le langage s’est déglingué, les familles se sont pulvérisées, les idéaux se sont fracassés, l’individu n’est plus qu’un leurre et les mots sont interchangeables. à l’heure où il a posé ces diagnostics, on pouvait encore les tenir pour les hypothèses arbitraires d’un jeune homme animé d’une sainte colère. Aujourd’hui qu’il est confirmé sur toute la ligne, il en est presque devenu un réaliste servile. C’est ce qui m’avait fait écrire, il y a presque vingt ans de cela, lorsqu’il fut primé par la Société des Auteurs, qu’il était un écrivain pour le XXIe siècle. Franchement, je ne croyais pas si bien dire !

A découvrir, ou à redécouvrir cette boîte à malices d’une rare unité d’inspiration dans la diversité, on ne peut que convenir que le théâtre de Vrebos, même s’il n’hésite pas à farfouiller quelquefois dans le trivial — n’a-t-il pas écrit, en toute complicité avec le grand et très regretté Gaston Compère un Fouille-merde de défoulante mémoire ? —, est d’inspiration métaphysique. Une métaphysique sans référence à une transcendance divine (ce serait trop simple), plutôt une quête acharnée du sens dans un univers non balisé où l’homme ne peut se référer qu’à ses modestes réserves de raison et de déraison, les deux remarquablement équilibrées d’ailleurs, parce qu’il y a de la méthode dans cette folie, comme dit le sage Horatio dans Hamlet. On n’a pas affaire à du théâtre anecdotique, ou politique, ou courtement satirique (satyrique, oui, quelquefois, mais c’est une autre histoire), plutôt à la mise à la scène de nos hantises primales (comme le cri du même nom) projetées sous les feux des projecteurs. Strindberg, cet autre visionnaire de la scène, appelait cela son « intima teatret », son théâtre intime, parce qu’il voulait y fomenter du spectacle avec ses songes. Vrebos est dans cette filière-là, celle du génie suédois qui composait des sonates pour les spectres. N’a-t-il d’ailleurs pas, à l’invite de Jacques Huisman, qui eut le discernement de reconnaître son talent très tôt, adapté le chef-d’œuvre d’un autre géant scandinave, le Peer Gynt du Norvégien Ibsen ?

Pour beaucoup, étant donné la notoriété médiatique de l’auteur, la publication de son théâtre sera une totale surprise. Quoi, le brillantissime présentateur des débats dominicaux de RTL-TVI, l’intarissable commentateur de l’actualité sur les ondes de Bel-RTL aurait une face cachée, littéraire et dramatique, en marge de son activité de grand communicateur ? Y voir une contradiction, voire une incongruité serait une grave erreur. D’une part parce que l’œuvre théâtrale de Vrebos est nourrie de sa connaissance des soubresauts du monde, qu’il ne répercute cependant pas tels quels, mais traduit par l’imaginaire. D’autre part parce qu’il organise ses débats comme des comédies, auxquelles il arrive quelquefois qu’elles prennent un tour tragique. C’est la raison pour laquelle il se récrie lorsqu’on lui fait porter de titre de journaliste. Il reste toujours et avant tout, rappelle-t-il à qui veut l’entendre, un dramaturge. Nous ajouterons : un thaumaturge, à savoir un faiseur de miracles. Quelqu’un qui a le pouvoir de convoquer sur la scène, en quatre dimensions, celle du temps compris, nos inquiétudes, voire nos épouvantes, et d’en faire matière à rire de surcroît. Il était temps qu’une brique de papier nous fasse prendre la mesure de cette prouesse.