De Fabrice Roger-Lacandu 15 mars au 09 avril 2017

Fabrice Roger-Lacan pointe les inquiétudes de la génération des quinquas et se confronte avec un humour gentiment ironique à des sujets éminemment actuels

Elle est psy. Lui vend des yaourts. Ils sont voisins de palier, ils se détestent cordialement, et comme des millions de célibataires perdus dans la ville, ils explorent furtivement les sites de rencontre à la recherche de l’amour, ce quelqu’un qui serait juste aux antipodes de ce personnage infernal qui vit la porte à côté. Et lorsqu’enfin, par la magie des tests d’affinités, ils trouvent chacun l’âme sœur, ils ne résistent pas au malin plaisir de se l’annoncer. Histoire de s’affronter encore une fois…

Un texte intelligent, émouvant et original, qui nous livre de très beaux dialogues, drôles et finement ciselés.

CALENDRIER DES REPRÉSENTATIONS

Pour réserver, cliquez sur le segment rouge ou orange de la date souhaitée dans le calendrier.

représentation en matinée (15h)
représentation en soirée (20h15)

DISTRIBUTION

Avec Marie-Paule Kumps et Bernard Cogniaux.
Mise en scène Alain Leempoel
Décor Lionel Lesire
Costumes Jackye Fauconnier
Lumières Laurent Comiant

QUELQUES PHOTOS

POUR EN SAVOIR PLUS

Rencontre avec Fabrice Roger-Lacan

Fabrice Roger-Lacan est un scénariste de renom, rare au théâtre. Quatre pièces jusqu’à présent dont trois, Cravate club (2001), Irrésistible (2007) et Quelqu’un comme vous (2011), ont été mises en scène par Isabelle Nanty et l’une, Chien-Chien (2010) par Jérémie Lippmann. Dans la vie de Fabrice Roger-Lacan, il y a l’ami par excellence et son interprète idéal, Edouard Baer. Ils sont tous deux nés en 1966 et ont en partage une culture profonde, de l’esprit, une vitalité certaine.

Une expression convient à Fabrice Roger-Lacan : il respire l’intelligence. Grand front d’intellectuel, visage ouvert, volubilité, précision de l’expression, il parle bien et avec une simplicité d’artisan de son travail d’écrivain.

Ce normalien, petit-fils par sa mère d’un monument de la pensée, Jacques Lacan, a très vite choisi d’apprendre aux Etats-Unis l’art de composer pour le septième art. Il a suivi les cours de l’université de New York avant d’entamer en France une solide carrière de scénariste. Il a évidemment travaillé avec Edouard Baer, mais aussi pour Isabelle Nanty, Frédéric Jardin, entre autres. Une quinzaine de films, dont Adolphe de Benoît Jacquot d’après Benjamin Constant, en 2002, un travail qui lui a beaucoup appris et qu’il cite comme un scénario dont il est fier. Car on devine en Fabrice Roger-Lacan une grande lucidité et une conscience claire des réussites et des exercices plus faibles ou plus faciles.

Sa nouvelle pièce est une comédie allègre, sentimentale, drôle. La lecture en est jubilatoire et l’on imagine bien comment le duo va fonctionner ! La forme est très particulière : parfois, les deux personnages, désignés simplement comme « Elle » et « Lui », s’interrompent et s’adressent au public ou pensent à haute voix devant leurs ordinateurs respectifs. Parfois même ils le disent, ils ont le sentiment d’être des « personnages », justement.

« Lorsque j’ai écrit La Porte à côté, je n’avais pas à l’esprit tout le développement. La forme s’est imposée en cours d’écriture. J’imaginais ce type qui écoute Bruckner très fort. J’avais en tête ce Bruckner, brave homme et immense compositeur, qui devient après sa mort le musicien préféré d’Hitler… Je voyais les deux personnages et leur identité sociale s’est révélée assez vite : elle est psy, il est chef de produit dans une grande entreprise. Il pense à cette musique pour accompagner un clip sur des yaourts…

Ces données-là sont proposées très rapidement aux spectateurs. J’ai écrit différentes scènes, cinq tableaux en quelque sorte et puis l’idée m’est venue des intermèdes, des moments suspendus où ils s’adressent au public ou pensent à haute voix, chacun pour soi. » La pièce évoque, sans discours, bien des manières contemporaines d’affronter le réel… et sans faire l’esprit fort, Fabrice Roger-Lacan nous fait sourire et rire. Ainsi des séances de médiation auxquelles « il » se soumet ou bien des « tests d’affinité ».

« Il y a certains éléments que j’ai pris tels quels sur des sites », avoue le dramaturge fin observateur de son époque… Sous la comédie amusante, Fabrice Roger-Lacan instille un peu de sa propre vie, de ses expériences personnelles. Il est taquin avec Marguerite Duras : « J’ai pensé à Duras entre les deux moments où je composais la pièce. Adolescent, j’adorais Duras. Mais j’ai eu un professeur de philosophie qui avait beaucoup d’emprise sur ses élèves, sur moi, et un jour, il lui a taillé un tel costard que cela m’a désenchanté Duras d’un coup… »

Depuis, il a rééquilibré son analyse, mais il s’amuse. « La citation de Marguerite Duras, extraite de La Vie matérielle, m’est apparue rapidement, et cela me permet de développer les deux caractères, leurs oppositions, leur dispute… »

Les personnages ne sont en rien des marionnettes, mais dans la pièce, l’auteur n’est jamais loin… Un peu comme chez Diderot, on ne perd jamais le fil de la pensée malicieuse et tendre de l’écrivain. « J’admire la manière dont Milan Kundera use de cette liberté dans ses romans », souligne Fabrice Roger-Lacan… Et ce n’est pas pour rien que le grand romancier de Prague a adapté Jacques et son maître…

Comment se sont passées les répétitions lors de la création ?

« Je me sens bien dans un théâtre. Mais je n’abuse pas de ma présence ! Je n’ai pas le fantasme de l’auteur qui devrait être au plus près du metteur en scène. Je fais confiance. Nous avons évidemment retravaillé le texte, coupé, allégé certains passages. » Pour cette pièce, il faut que les interprètes soient maîtres de leur partition, car elle est d’essence et de facture musicale.

Si avec cinq pièces produites en douze ans, Fabrice Roger-Lacan appartient au cercle des auteurs de théâtre contemporains sur qui on peut compter, le cinéma l’occupe encore beaucoup.

Propos recueillis par Armelle Héliot, l’Avant-Scène n°1360.