De Michel De GhelderodeDu 1au 26 novembre 2006

L’histoire se situe dans la principauté de Breugellande. Le Grand Macabre, Nékrozotar, vient annoncer la fin du monde. A la cour du Prince Goulave, monarque bégayant, totalement à la merci de ses ministres corrompus, on se prépare au désastre. Pendant ce temps, Nékrozotar sympathise avec ses futures victimes : le débonnaire Porprenaz, le philosophe astronome Videbolle et Salivaine, sa redoutable compagne.

La Balade du Grand Macabre est la pièce la plus représentative du répertoire de Michel de Ghelderode. Le paradoxe veut qu’elle soit aussi la plus joyeuse.

CALENDRIER DES REPRÉSENTATIONS

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représentation en matinée (15h)
représentation en soirée (20h15)

DISTRIBUTION

Marie Marie-Paule Kumps
Lily Cécile Florin
Victoire Nathalie Willame
Jean-Jean Bernard Cogniaux
Bertrand Daniel Hanssens
Romain Philippe Vauchel
Mise en scène Patricia Houyoux
Décors Francesco Deleo
Costumes Fabienne Miessen

QUELQUES PHOTOS

POUR EN SAVOIR PLUS

« Délivré de mes phantasmes, j’ai pu éprouver un moment de joie et de libération, bien que la Mort fût toujours en filigrane dans le décor. Seulement, je l’ai traitée autrement; j’ai tout renversé; j’en ai fait un personnage burlesque; c’était ma revanche, et c’était aussi la revanche de la vie. »

Michel de Ghelderode, Les Entretiens d’Ostende.

Une farce, La Balade du Grand Macabre ? Oui, bel et bien, en dépit de son titre. Une farce bondissante, bigarrée, truculente, comme on en jouait au Moyen Age sur les places, les parvis, pour l’agrément du peuple dit “petit” qui trouvait là un exutoire à ses misères en se gaussant des puissants qui incarnent jusqu’à la caricature les travers de chacun et de tous. Une farce bâtie à chaux et à sable sur un vieux thème, très populaire dans l’Europe de l’An Mil et des poussières : la mort en balade. La mort en personne, gesticulante et ricanante, celle-là même dont les “danses macabres” ont illustré tant de fresques de cimetière et d’église, tant de tableaux et de livres au cours de cette période troublée.

Il faut dire qu’elle courait alors follement les rues, la camarde, frappant à tour de bras, si bien que pour l’oublier les hommes s’étourdissaient de travaux et de fêtes (ce qui, du reste, n’a pas changé). A force, si proche devenue et si familière, il parut urgent en haut lieu de lui faire tirer le portrait, le plus effrayant possible, afin d’amener le peuple dissipé au repentir. Conviés à cet exorcisme, saltimbanques et artistes participèrent diversement, les uns brocardant la mort en exaltant la vie (c’est le cas de Breughel, Teniers, Jordaens), les autres ajoutant à l’horrifique avec des enfers à tenailles et à pinces, des diables rouges et fourchus et brutalement mis en balance avec des paradis liquoreux peuplés de vierges roses ou diaphanes (c’est le cas particulièrement de Bosch, de Holbein et de Cranach l’Ancien). L’animation et la fusion de ces deux conceptions du monde se réalisaient naturellement sur les planches (c’est le cas des farces et soties, des Fastnachspiele ou farces de carnaval; c’est le cas surtout, décalé dans le temps et revigoré, de Michel de Ghelderode).

Exilé dans un XXème siècle auquel sa nature délicate et rêveuse ne l’inclinait pas, obsédé par la peur de la mort sa vie durant, Ghelderode s’est réfugié par l’imagination dans une Flandre moyenâgeuse, dorée sur tranche, mythique, foisonnante et breughelienne, une Flandre mâtinée d’Espagne, celle de Charles Quint, la plus heureuse et festive, et l’autre, l’Espagne des Inquisiteurs avec son “obsession de la Mort, son goût des pompes funèbres et de la cendre”.

C’est dans cette Flandre-là, dans ce mélange de macabre et de vie rabelaisienne que Ghelderode inscrit la plupart de ses pièces et quelques-uns de ses meilleurs contes. On peut affirmer sans crainte que la farce de La Balade du Grand Macabre est à ce titre la plus représentative de son répertoire. Le paradoxe veut qu’elle soit aussi la plus joyeuse.

« Jouer Ghelderode n’est pas un cadeau, c’est une grâce accordée en abondance, foisonnante, ruisselante, débordante et généreuse. Jouer Ghelderode, c’est entrer dans le plus beau de l’être humain, dans ce qu’il a de plus laid, de plus noble, de plus traître, de plus plat, de plus exalté, de plus fin et de plus grossier, de plus tendre et de plus violent. C’est pénétrer, à coup de hache, dans la solitude de nos fissures, de nos blessures d’hommes et de femmes et y trouver l’esprit, l’âme, et le cœur. »

Stephen Shank

L’ AUTEUR

Michel De Ghelderode

Michel de Ghelderode est né à Bruxelles le 3 avril 1898. A ce jour, c’est l’un des auteurs belges de théâtre les plus connus et exportés. On lui doit environ quatre-vingt pièces de théâtre, une centaine de contes et de poèmes ainsi que vingt mille lettres. En 1914, miné par la maladie, Michel de Ghelderode est contraint d’arrêter ses études. Durant sa convalescence, il se réfugie dans la littérature et l’imaginaire. Il découvre le théâtre élisabéthain et le siècle d’or espagnol.

Né sous le nom d’Adémar Martens, il emprunte le pseudonyme de Michel de Ghelderode en 1918. La même année, sa première pièce « La mort regarde à la fenêtre » est mise en scène. Le succès n’est cependant pas au rendez-vous. Michel de Ghelderode entre ensuite au service des archives de l’administration communale de Schaerbeek. Il y restera jusqu’en 1945. Sa passion pour l’écriture ne faiblit cependant pas. Jusqu’en 1924, il prêtera principalement sa plume aux contes et aux nouvelles dramatiques, tels que « Histoire comique de Keizer Karel », « La Halte Catholique » et « L’homme sous l’uniforme ». En 1925, il crée sa première pièce pour marionnettes « Le mystère de la passion ». Dès l’année suivante, le Vlaamsche Volkstooneel (théâtre populaire flamand), une compagnie à la fois populaire et d’avant-garde, lui commande une série de pièces parmi lesquelles « Escurial », « Images de la vie de Saint-François d’Assise » ou « Barabbas ».

A la disparition du Vlaamsche Volkstooneel, Michel de Ghelderode continue d’écrire. Faute de reconnaissance du public francophone, la plupart de ses pièces ne seront pas montées. Après la guerre, il sort néanmoins de l’ombre et acquiert une notoriété internationale. Coup sur coup, « Le Ménage de Caroline » et « Hop Signor ! » (1947), « Mademoiselle Jaïre » et « Fastes d’enfer » (1949), envahissent les planches de Paris. En 1952, il crée un spectacle de plein air, « Marie la Misérable », mystère médiéval et dernière pièce de l’écrivain.

Michel de Ghelderode est l’auteur d’une œuvre hors du commun, inspirée des grandes légendes médiévales. Les influences de l’expressionnisme allemand (Strindberg), de James Ensor ou encore du peintre Jérôme Bosch auront été omniprésentes dans l’œuvre de cet auteur.