De Xavier DaugreilhDu 16 février au 13 mars 2005

Un homme et une femme qui ne se sont pas revus depuis trente ans se croisent à l’occasion du départ de leur fils pour la Chine. La rencontre avec l’autre ramène a des événements douloureux, à un miroir de ce que notre vie aurait aussi pu être… C’était le temps de la jeunesse et de l’amour pour la vie. Nous voici à l’époque des réalités…

Nous sommes loin des conflits du monde, mais proche de ce moment où l’on peut faire le point avec soi-même. Nous avons la chance “ d’avoir survécu ”, mais plus question de se dérober à nos décisions passées, celles qui nous ont forgés : elles sont en face de nous et semblent nous titiller d’un air narquois…

CALENDRIER DES REPRÉSENTATIONS

Pour réserver, cliquez sur le segment rouge ou orange de la date souhaitée dans le calendrier.

représentation en matinée (15h)
représentation en soirée (20h15)

DISTRIBUTION

Christine Louise Rocco
Jean Jean Hayet
Marc Patrice Mincke
Juliette Martine Willequet
Paul Jean-Paul Dermont
Mise en scène Bernard Lefrancq
Décors James Block
Costumes Fabienne Miessen

QUELQUES PHOTOS

POUR EN SAVOIR PLUS

La comédie urbaine sentimentale

Xavier Daugreilh n’écrit que sur l’amour et le couple, pour en rire d’un rire délicat. « Comment se forme un couple ? Quels sont les problèmes du couple ? Mes personnages ont des difficultés de relations avec les autres et avec eux-mêmes. »

Pour parler de ces zones incertaines du sentiment, Daugreilh revendique le genre de la comédie. « Comédie urbaine sentimentale », dit-il, en précisant qu’il se sent à l’intérieur d’une mouvance, proche d’autres auteurs qui écrivent sur les mêmes thèmes. « J’ai voulu être léger, drôle, ou plutôt rafraîchissant », ajoute-t-il. Et témoin amusé de l’actuelle difficulté d’aimer et de relations sensiblement nouvelles entre les sexes : « Oui, l’amour existe, il peut se produire, mais pendant combien de temps ? Comment le vivre dans une société repliée sur elle-même ? L’identité féminine est en train de changer. L’identité masculine est mise en cause par les nouveaux repères de la femme. Tant de gens vivent leur vie comme un imbroglio ! ».

Sans doute rit-il de ce qui le fait parfois souffrir. En tout cas, il a trouvé la drôlerie de ces labyrinthes sentimentaux dès sa première pièce. Il était comédien, issu des cours Florent et de Blanche Salant. Il jeta sur le papier Accalmies passagères… La pièce fut prise au La Bruyère et, moliérisée, elle atteint les quatre cent cinquante représentations. Quel choc pour un jeune auteur ! « Je ne m’attendais pas à cette réussite, se souvient-il. Du jour au lendemain, la vie changeait. » Le directeur du La Bruyère, Stephan Meldegg, se chargea de la pièce suivante, Itinéraire bis. L’œuvre était moins enchantée, plus grave – et le moment peu favorable : la première eut lieu le 11 septembre 2001.

L’activité d’acteur s’est retrouvée au second plan. Celle d’écrivain s’est multipliée. Xavier Daugreilh a écrit d’autres pièces, dont Futur conditionnel. Il travaille à un roman. Il a écrit pour la télévision, avec laquelle il a pris des distances : « Ils se moquent des auteurs. Même mon père ne m’a jamais dit ce que peut vous dire un producteur TV ». Il envisage de passer à la réalisation de courts métrages et même d’y tenir un rôle: « Quand une pièce est en cours de répétition, on en est souvent exclu. J’ai envie d’avoir plus de responsabilité dans mon travail et, dans ce type de travail, je ne veux pas m’empêcher de jouer ».

Quand il se lance dans la rédaction d’une pièce, il commence par écrire tout ce qui lui passe par la tête. Puis il reprend le tout. Et l’écriture véritable commence, souvent imprévue, en décalage avec le synopsis initial, quand il y a un plan préalable : « Depuis peu, je fais un synopsis, mais je n’aime pas cela. Il n’a pas une grande utilité. Car, quand ils se mettent à dialoguer, les personnages deviennent différents. Tant qu’on ne sait pas quel langage et quel rythme auront les personnages, on ne peut savoir quelle sera la pièce. Je travaille beaucoup sur le rythme et les ruptures. Le rythme de l’action et le rythme de chaque réaction ».

En cours de travail, la pièce lui parle. « Ne riez pas, dit-il. Mais la pièce intervient pour me proposer un marché. Elle me dit : travaille plus et ne va pas contre les personnages quand ils te proposent quelque chose d’imprévu. Il faut accepter cet inattendu, en se moquant des règles. Car des pièces qui démarrent bien et restent en panne, il y en a beaucoup ! Ça m’est arrivé à chaque pièce, qu’au moins l’un de mes personnages aille contre mon idée de départ ; à ce moment-là, je digère l’information et je modifie l’action, ou, au moins, la fin de la pièce ». La notion de rythme est donc essentielle. Elle est aussi liée à celle de lieu : « J’aime bien jouer avec les lieux, pour que la pièce fasse voyager. Le changement de lieux crée une dynamique. Je n’aime pas la règle des trois unités mais, dans une prochaine pièce, j’essaierai d’utiliser un lieu unique. C’est limitatif, mais on gagne en fluidité ».

S’il y a des auteurs qui l’impressionnent, c’est Bacri-Jaoui qui, malheureusement, « n’écrivent plus pour la scène » et surtout Yasmina Reza (« J’aurais aimé écrire Art, c’est diabolique en matière de construction »). Mais lui parcourt un autre registre, cette comédie urbaine sentimentale dont il sent qu’elle se développe avec une nouvelle génération d’auteurs : « Elle prend de l’importance. Mais, au fil du temps, les nouveaux écrivains seront influencés par les bonnes sit-coms américaines, comme Profit. Pour moi, l’influence, c’étaient les films américains des années 30-40, Hawks, Wilder, Lubitsch, et aussi les Italiens comme Scola ».

Daugreilh reconnaît ses influences pour mieux s’en éloigner. Il n’aime pas les habitudes : pour sa prochaine pièce, il dit en souriant qu’il renoncera au principe d’un titre composé de deux mots. Après Accalmies passagères, Itinéraire bis et Futur conditionnel, il s’offrira un ou plusieurs mots supplémentaires. Encore une question de rythme.

Morceaux choisis du texte de Gilles Costaz paru dans L’Avant-Scène, n°1125.

L’ AUTEUR

Il a obtenu le Molière 1997 de la meilleure pièce comique avec Accalmies passagères, sa première pièce. Comme la première, la deuxième Itinéraire bis a été produite au Théâtre La Bruyère, en septembre 2001. Sa troisième pièce, Futur Conditionnel a été créée au Théâtre Tristan Bernard en décembre 2002. Au cinéma, il a joué dans Occupé ? (incontinence caractérielle) de Xavier Castano, et co-écrit Entre chiens et loups avec Suzanne Legrand. À la télévision, il a travaillé dans Un gars, une fille.

Propos tenus à la création de la pièce…

Échanges

La première pièce de Xavier Daugreilh a été créée au théâtre La Bruyère, et naturellement c’est à Stephan Meldegg, directeur du Théâtre La Bruyère, qu’il a été confier la deuxième. « Après le succès d’Accalmies passagères, Xavier Daugreilh savait que sa deuxième et sa troisième pièce seraient accueillies avec un préjugé favorable. Il a écrit Itinéraire bis, je l’ai lue, et comme pour la première fois, la décision a été rapide. » En directeur exigeant, Meldegg a demandé des transformations, mais : « Ce n’est pas une réécriture. C’est plutôt un travail sur la logique, un travail d’éclaircissement sur les choses qui ne sont pas explicites. Nous avons beaucoup discuté des personnages, de la situation. Il s’agit des destins croisés de quatre personnes, et des choix s’imposent. Faut-il tout dire ? Faut-il que les fils soient totalement dénoués ? Et à la fin que peut-on laisser ouvert ? C’est en répondant à toutes ces questions que Xavier, de lui-même, a transformé ce qu’il avait écrit. »

Xavier Daugreilh apprécie ces échanges de points de vue : « Les questions de Stephan Meldegg font évoluer mon écriture. C’est une démarche qui m’aide à mieux rythmer mon texte, à le rendre plus efficace et précis, mieux construit. » Il a ainsi raconté l’histoire qu’il voulait, comme il le voulait.

Écriture

L’écriture de Xavier Daugreilh appartient à une écriture dramatique proche de celle du théâtre contemporain anglais, et pour Stephan Meldegg, c’est un éloge. « Les dramaturges anglais ont épousé le théâtre naturaliste, et y ont introduit la poésie, sans négliger la réalité », dit Stephan Meldegg, qui ajoute: « Les Anglo-Saxons n’ont pas une attitude méprisante et critique vis-à-vis du théâtre naturaliste, ils l’ont pratiqué quand il était en vogue et ils le regardent aujourd’hui toujours avec intérêt. Ici, chez les intellectuels, c’est devenu un univers désuet. Xavier, comme eux, décrit des personnages qui sont vrais. Ce qui leur arrive pourrait nous arriver, nous est peut-être arrivé, et la forme théâtrale, qui est intéressante, éclate l’action dans huit lieux différents à des milliers de kilomètres et souvent sans transition. La mise en scène doit apporter des solutions; trouver ces solutions doit être le but du metteur en scène. »

Or, la multiplicité des lieux dans les pièces de Xavier Daugreilh, pose souvent des problèmes matériels au théâtre. L’auteur s’en défend : « Huit lieux, ce n’est pas énorme. Pourquoi obligatoirement la règle des trois unités ? Si on doit se limiter, ce n’est plus la peine d’écrire. Il se trouve que mes histoires ne se passent pas ainsi, et surtout, ne pourraient pas exister de cette manière. Et puis, ce n’est pas si simple de faire glisser d’un lieu à un autre. Ce n’est pas facile de transporter ses personnages de Hong Kong au Lubéron et que le public arrive à situer l’action.. »

Le passage si fluide d’un espace à un autre, d’un temps à un autre, est en effet une caractéristique du théâtre de Xavier Daugreilh qui semble influencé techniquement par le montage cinématographique. « Je fais partie d’une génération qui a été éduquée par le cinéma plutôt que par le théâtre. J’aime surtout le cinéma italien des années 1970 qui est réaliste et poétique ; des films comme, par exemple, Nous nous sommes tant aimés d’Etore Scola (1974), La Femme du prêtre de Dino Risi (1970) sont pour moi des modèles. Ils rejoignent les personnages de Goldoni dans leur humanité et leur loufoquerie. J’aime aussi la comédie américaine, de Lubitsch et Capra. Il y a également un peu de Claude Sautet dans la peinture de l’intimité des êtres et de leurs relations sociales. Tous ces réalisateurs montrent les paradoxes de l’individu, mais sans démonstration. Ils racontent une histoire, sans morale ni jugement. Mais je ne pense pas que mes pièces pourraient passer directement au cinéma. » Après Accalmies passagères qui présentait les rapports des 25-30 ans, Itinéraire bis s’attache aux rapports d’une autre génération, celle de leurs parents. Accalmies était une pièce en rapport direct avec le présent, le ‘situationnel’ présent. Dans Itinéraire bis, la situation de départ fait naître des résurgences du passé, mais d’un passé très lointain, ce qui donne une certaine maturité à la pièce par rapport à la fraîcheur que pouvait avoir Accalmies. Dans la prochaine, j’essaierai d’intégrer l’un à l’autre.

Morceaux choisis du texte de Danielle Dumas paru dans L’Avant-Scène, n°1096.