De Ray Cooney, Adaptation de Stewart Vaughan & Jean-Christophe BarcDu 15 octobre au 10 octobre 2004

Le Dr Pierre Jouffroy est chargé de prononcer le discours de clôture du colloque sur la microchirurgie. Trois cents médecins attendent ses conclusions. Mais sa femme, Hélène, n’a pas de monnaie pour son parking, ses collègues Hubert et Luc préparent le Noël des enfants de l’hôpital, le Directeur veut obtenir des subventions, l’infirmière chef est débordée.

Et voici que débarque Sophie, qui fut infirmière dans son service dix-neuf ans auparavant, et qu’un grand jeune homme de dix-huit ans accompagne… à la recherche de son géniteur. Ajoutez-y un retraité très vif et un brigadier plus futé qu’il n’y paraît. La journée sera rude pour le service !

CALENDRIER DES REPRÉSENTATIONS

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représentation en matinée (15h)
représentation en soirée (20h15)

DISTRIBUTION

Pierre Jouffroy Pascal Racan
Luc Malet Marc De Roy
Hélène Jouffro Marie-Hélène Remacle
Hubert Joly Michel Poncelet
Maryse Trésor Annette Gatta
Olivier de La Massière Benoît Van Dorslaer
Sophie Paillard Catherine Claeys
L’infirmière Brillant Laure Godisiabois
Johnny Paillard Gautier Jansen
Le brigadier Michel de Warzée
Louis Petitjean Robert Roanne
Mamie Françoise Oriane
Mise en scène Martine Willequet
Décors Francesco Deleo
Costumes Fabienne Miessen

QUELQUES PHOTOS

POUR EN SAVOIR PLUS

Le Dr Pierre Jouffroy est chargé de prononcer le discours de clôture du colloque sur la microchirurgie. Trois cents médecins attendent ses conclusions. Mais sa femme, Hélène, n’a pas de monnaie pour son parking, ses collègues Hubert et Luc préparent le Noël des enfants de l’hôpital, le Directeur veut obtenir des subventions, l’infirmière chef est débordée.

Et voici que débarque Sophie, qui fut infirmière dans son service dix-neuf ans auparavant, et qu’un grand jeune homme de dix-huit ans accompagne… à la recherche de son géniteur. Ajoutez-y un retraité très vif et un brigadier plus futé qu’il n’y paraît. La journée sera rude pour le service !

Pierre Jouffroy se trouve confronté, le jour clef de sa carrière, au fruit d’un impair de jeunesse longtemps oublié. Pour esquiver ses responsabilités, il n’hésite pas à impliquer, malgré eux, son meilleur ami et son ancienne maîtresse, en échafaudant mensonges sur mensonges.

Le clash entre les protagonistes réels et les personnages que Pierre invente pour se mettre à l’abri est inévitable, les rires aussi.Ce que j’aime beaucoup, quand j’invente des personnages, c’est par exemple imaginer un homme très banal qui se trouve tout à coup engagé dans une situation à laquelle il ne s’attendait pas du tout. A partir de là, je peux entraîner ce pauvre garçon dans un imbroglio inextricable dont il ne pourra se sortir qu’en accumulant les mensonges et les actes les plus fous. C’est alors que le rire s’installe, parce que la farce est conduite et jouée avec beaucoup de précision et de vérité, sans excès grotesque. Tout cela est prémédité et travaillé avec une telle subtilité que le public ne s’en aperçoit qu’après la représentation.

Dans mes pièces, je cherche toujours à introduire un élément dramatique. Les gens s’imaginent que vous cherchez simplement à être comique, mais ce n’est pas exact. Ce que l’on recherche toujours, c’est le ressort dramatique, la tragédie qui déclenche le rire.

L’ AUTEUR

Ray Cooney ou le génie du rire

Ray Cooney est, sans conteste, « le roi du rire », non seulement du théâtre anglais contemporain, mais aussi de la scène internationale. À ce jour, ses pièces ont été jouées dans cinquante-deux pays et traduites en vingt-trois langues. On compte dans le monde plus de deux millions de représentations de ses œuvres. Londres voit triompher actuellement au Vaudeville Theatre sa pièce, Caught in the Net, suite encore plus hilarante de Run for your Wife, qui relate, sur fond d’Internet, les conséquences, dix-huit ans après, de la bigamie d’un chauffeur de taxi.

Un enfant de la balle

Ray Cooney eut une enfance heureuse dans une famille affectueuse et compréhensive qui encouragea sa passion du théâtre. Son père, charpentier, et sa mère, vendeuse, se rendaient fréquemment au spectacle, toujours accompagnés de leur fils. Dès l’âge de cinq ans, Ray n’eut plus qu’un désir : devenir comédien. Mais il dut attendre d’avoir quatorze ans pour quitter l’école et réaliser son rêve. C’est donc en 1946 qu’il fit ses débuts sur la scène, devenant ainsi un enfant-acteur prodige. Le vaudeville « à la Cooney », Ray l’a inventé en brûlant les planches quand il était adolescent.

Après son service militaire, en 1952, Ray Cooney fut embauché dans une compagnie de théâtre ambulant, The Midlands Productions. C’est dans cette troupe de saltimbanques qu’il fit son apprentissage et découvrit tous les secrets, toutes les ficelles de l’univers théâtral. Pour lui, le travail quotidien d’acteur itinérant consistait « le matin, à monter les décors et les éclairages. L’après-midi, à répéter la pièce qui devait être jouée le soir même. Le soir, à jouer la pièce. » Le reste du temps, c’est-à-dire entre la fin du spectacle et le début du travail du matin, il fallait apprendre le rôle de la pièce du lendemain et Ray Cooney d’ajouter : « J’ai tellement aimé cette vie et j’ai tellement appris avec The Midlands Productions que je suis resté deux ans dans la troupe. Depuis, rien ne me semble être du travail. » Puis, Ray Cooney compléta sa formation auprès de Brian Rix, alors directeur du Whitehall, théâtre spécialisé à Londres dans les spectacles de farces. À 24 ans, déjà acteur accompli, Ray Cooney eut la tentation de sauter le pas et de devenir dramaturge. L’occasion lui en fut donnée au théâtre de Whitehall, lorsque pendant quatre ans il joua une comédie où il n’apparaissait pas à l’acte II. Alors, pour tuer le temps dans sa loge, il s’amusait à griffonner quelques répliques, ébauche de sa comédie One for the Pot, qu’il ira créer, ou plutôt roder, au théâtre de Richmond.

Ray Cooney a pour habitude de jouer dans ses propres pièces, dont il est d’ailleurs presque toujours le metteur en scène. Il peut ainsi vérifier par lui-même, et si nécessaire rectifier, au quart de seconde près, le moindre de ses gags, l’effet comique sur les spectateurs de chacune de ses répliques. Voir le comédien Ray Cooney interpréter l’un de ses propres vaudevilles est un grand moment de théâtre, inoubliable, qui, à lui seul, mérite un voyage en Angleterre.

La Rolls Royce du vaudeville

Lorsque, après Richmond ou Windsor, l’une de ses pièces arrive à Londres, Ray Cooney sait exactement comment elle fonctionne et où se placent les rires. Cette technique de production est « une politique que nous appliquons toujours », dit-il, « car elle est payante. La pièce que nous jouons alors dans le West End de Londres est comme une Rolls Royce bien rodée dont on connaît tous les rouages ». C’est un produit de luxe, à la charpente solide et dont les finitions ont exigé des heures de mise au point. Ainsi, le premier acte, qui ne doit provoquer qu’une demi-douzaine de rires au plus, est toujours lent, « pour camper une vraie situation et faire vivre des personnages réels. Dans la deuxième partie, les spectateurs commencent à croire aux personnages et se mettent à rire ». Le rythme s’accélère. Dans toutes ses pièces, Ray Cooney aime placer « un personnage très banal dans une situation à laquelle il ne s’attendait pas du tout ». La scène devient « un brasier de quiproquos, de fausses pistes, de fausses identités. Les héros courent, zigzaguent et tombent immanquablement dans les bras des dernières personnes qu’ils auraient dû rencontrer ». Alors, pris de panique, ils improvisent n’importe quoi et le rire s’installe. « La farce est construite et jouée avec beaucoup de précision et de vérité, sans excès grotesque. Tout est prémédité et travaillé avec une telle subtilité que le public ne s’en aperçoit qu’après la représentation. » Cette technique a été souvent comparée à la célèbre « horlogerie » de Feydeau.

Dans la grande tradition de la farce anglaise, Ray Cooney est le fils spirituel du vaudevilliste Ben Travers (1886-1990), dont les Alwych Farces connurent un triomphe pendant les Années Folles et qui sont toujours jouées avec le plus vif succès. Le génie de Ray est d’avoir su inventer un comique spécifique, en apparence d’une simplicité élémentaire essentiellement gestuelle, qui le rend d’emblée et assurément intelligible à tous les spectateurs, quelle que soit leur origine nationale ou culturelle. Le théâtre de Ray Cooney s’exporte facilement car, dépassant les idiosyncrasies de son cadre d’origine, il atteint les ressorts universels du comportement humain.

Morceaux choisis du texte d’Hélène Catsiapis paru dans L’Avant-Scène, n°1103.

Ray Cooney

Né à Londres en 1932, dans une famille complètement étrangère au monde du spectacle, il devient acteur au moment de son adolescence. Il travaille avec différentes compagnies théâtrales en province, puis apparaît sur les scènes londoniennes du West End. Après quelques années, il ralentit sa carrière de comédien se contentant de créer certains rôles de ses propres pièces. Car, entre temps, Ray Cooney est devenu un auteur dramatique à succès puisque, seul ou en collaboration de Tony Hilton, John Chapman ou Gene Stone, il a écrit plus d’une douzaine de pièces, des vaudevilles pour la plupart, qui, outre en Angleterre, sont jouées dans le monde entier.

Ray Cooney a-t-il un secret ? Lorsqu’il a écrit une nouvelle pièce, il fait toujours un « essai » dans un théâtre de banlieue, loin des critiques londoniennes. Il joue le premier rôle pour prendre lui-même les réactions du public et il n’hésite pas à tailler dans le texte jusqu’à le réécrire complètement. Il est le maître du mécanisme infernal qui pousse des personnages ordinaires dans un engrenage d’événements de plus en plus extraordinaires. Un simple mensonge de départ déclenche une cascade d’autres mensonges, ce qui engendre un torrent délirant.

Citons, entre autre : One for the Pot ( Trois partout ) en 1961; Not Now Darling ( Le Vison voyageur ) en 1966; Move Over Mrs. Markham ( Le Saut du Lit ) en 1969; Run For Your Wife ( Double Mixte ) en 1983; Two Into One ( C’est encore mieux l’après-midi ) en 1984; Out of Order ( Panique au Plazza ) en 1990; It runs in the Family en 1992 et Funny Money ( Espèces Menacées ) en 1995.

Outre ses activités d’auteur et de metteur en scène, Ray Cooney est producteur de spectacles en Angleterre, aux Etats-Unis et en Australie, par exemples Whose Life is it Anyway ( Une drôle de vie ); Duet For One ( Duo pour un Soliste ); Children of a Lesser God ( Les enfants du silence )… un répertoire tout à fait différent de son écriture personnelle.

En 1976, avec Laurie Marsh, Ray Cooney crée la Cooney-Marsh Group, compagnie de théâtres privés qui dirige six théâtres à Londres et à New-York. En 1983, il fonde le Theatre of Comedy Company, une « Comédie-Anglaise » de théâtre privé regroupant une trentaine de vedettes importantes de théâtre, acteurs/actionnaires.

On dit qu’il n’y a jamais un soir où le rideau ne se lève sur au moins une « Cooney Farce » dans un des quatre coins du monde.

INTERVIEW

Entretien avec Ray Cooney

Ray Cooney, comment êtes-vous venu au théâtre ?

Mes parents n’étaient pas dans le milieu artistique, mais ils m’ont beaucoup encouragé parce qu’ils aimaient le théâtre. Ils y allaient très souvent et ils m’emmenaient toujours. Avec eux, j’avais la chance d’assister à des spectacles très variés, car ma mère aimait le classique et mon père les variétés. J’ai été élevé entre Cyd Field, grand acteur de comédie, Laurence Olivier et le théâtre classique. De sorte que je ne saurais dire exactement d’où me vient le goût du théâtre. Mon père avait beaucoup d’esprit. Il était extrêmement drôle et je crois tenir de lui ma tournure d’esprit. Mais le théâtre fut vraiment une vocation. Dès l’âge de cinq ans, je ne voulais rien faire d’autre et, Dieu merci, mes parents ne m’en ont pas dissuadé. A quatorze ans, en sortant du lycée, je suis allé faire le tour des agents théâtraux. J’ai finalement décroché une audition pour une comédie musicale et j’ai commencé ainsi ma carrière de jeune acteur.

Comment en êtes-vous venu à écrire vos propres comédies ?

En 1956, je faisais partie de la troupe qui se produisait au Whitehall Theatre dans une pièce qui a duré quatre ans. C’était une comédie en trois actes et je ne paraissais pas au second. Je restais donc dans ma loge et j’ai commencé à griffonner pour passer le temps. Je me suis rendu compte alors que j’avais tout ce qu’il fallait pour écrire des comédies. D’abord, j’avais toujours joué des comédies, j’avais fait partie de diverses compagnies théâtrales et, de plus, j’avais eu la chance de quitter l’école à quatorze ans. Dans mon cas, cela me semble être un avantage car si j’avais reçu une éducation plus poussée, je n’aurais sûrement pas écrit des vaudevilles. Mais le fait de n’avoir pas poursuivi mes études était ce qui pouvait m’arriver de mieux pour le genre de pièces que je me suis mis à écrire. Ainsi, je me suis plongé dans l’écriture et j’ai eu la chance d’avoir les motivations nécessaires pour les vaudevilles que j’écrivais. Par la suite, j’ai appris que ce genre de comédies ne s’écrit pas du premier jet. Qu’il faut les reprendre, les retravailler, les réécrire. Elles ne sont jamais bonnes au départ. Cela prend parfois des années, trois ans pour certaines.

Vous recherchez toujours à introduire dans vos pièces un élément dramatique ?

Oui, c’est toujours ce qu’il faut trouver dans ce genre de pièces : l’élément dramatique. Les gens s’imaginent que vous cherchez simplement à être comique, mais ce n’est pas exact. Ce que l’on recherche toujours, c’est le ressort dramatique, la tragédie qui déclenche le rire. C’est ce qui manquait dans l’adaptation de certaines de mes pièces à l’étranger. Elles peuvent être drôles, aussi drôles qu’à Londres, mais certainement pas aussi théâtrales. Alors le public reste extérieur à l’action dont il rit, au lieu de ressentir un réel intérêt, une sorte d’angoisse pour la situation dans laquelle se trouve le personnage principal, ce qui rend les choses vraiment drôles… D’ailleurs ce genre de vaudeville marche le mieux quand il est joué par des comédiens qui savent apprécier l’élément dramatique de la situation. Il y en a peu qui savent jouer vrai et en même temps affronter les rires. C’est justement cet art subtil qui rend les choses si drôles.

Comment naissent vos pièces ?

Au départ, j’ai toujours deux ou trois idées derrière la tête, et peu à peu, 1’une d’elles se pousse en avant comme si elle me disait: « Je suis la meilleure de toutes celles que tu as. » Alors je me mets à y penser, à la développer autant que je peux. Puis, vient le moment où je ne peux plus tout garder dans la tête, alors je commence à prendre des notes. En principe, je commence simplement à écrire l’histoire. Je n’écris pas de dialogues au début. Quand je me mets à écrire les dialogues, c’est qu’elle est déjà bien avancée. Mais je m’en tiens pendant longtemps à ce que j’appellerais une sorte de synopsis détaillé. Mes pièces – et c’est pourquoi on les traduit si facilement – sont essentiellement des comédies de situation. Cela n’a rien à voir avec l’esprit du dialogue. Si certaines répliques sont drôles, c’est parce qu’elles viennent des personnages placés dans une certaine situation.

Etablissez-vous un plan rigoureux ou laissez-vous vos personnages vivre leur vie ?

D’ordinaire l’idée de base implique l’existence de deux ou trois personnages. Puis, au fur et à mesure que je développe la situation, je me demande quels sont les autres personnages qui aideront le mieux le drame à se nouer. J’essaie de donner à l’action le plus de véracité possible de façon à ce que le spectateur ne la trouve pas grotesque. Bien entendu, dans la seconde partie de la pièce je me permets une certaine liberté qui ne serait pas admissible dans la première. Ce que j’aime beaucoup, quand j’invente des personnages, c’est par exemple imaginer un homme très banal qui arrive simplement pour donner une lettre et qui se trouve tout à coup engagé dans une situation à laquelle il ne s’attendait pas du tout. A partir de là, je peux entraîner ce pauvre garçon dans un imbroglio inextricable dont il ne pourra se sortir qu’en accumulant les mensonges et les actes les plus fous.

Cette interview, réalisée par Jean-Marie Fonteneau, est parue dans le programme de C’est encore mieux l’après-midi à Paris.