De Colin Higgins, Adaptation de Jean-Claude CarrièreDu 24 octobre au 18 novembre 2007

Harold vit avec l’idée de la mort. Son obsession macabre le conduit à assister aux enterrements. Maude est amoureuse de la vie, des hommes et du monde entier. Lorsque la vieille dame indigne rencontre le jeune homme solitaire, c’est le début d’une histoire d’amour aussi folle que passionnée. Elle va apprendre la vie à Harold, ce qu’est la joie, le bonheur et l’amour, ce qu’il n’a pas appris auprès d’une mère froide et stricte.

Comme Colin Higgins l’a écrit, il s’agit simplement de ceci : donne-moi un V, donne-moi un I, donne-moi un V, donne-moi un R, donne-moi un E ! V–I–V–R–E !

CALENDRIER DES REPRÉSENTATIONS

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représentation en matinée (15h)
représentation en soirée (20h15)

DISTRIBUTION

Maude Françoise Oriane
Harold Chasen Toussaint Colombani
Mme Chasen Catherine Claeys
Le prêtre, Révérend Finnegan Yves Claessens
Le docteur Mathews Gérard Vivane
L’inspecteur Bernard, Le jardinier Bernard Lefrancq
Le sergent Doppel, Le jardinier Jean-Paul Clerbois
Sylvie Gazelle Céline De Bo
Nancy Marsch Ana Rodriguez
Rose d’Orange Gwen Berrou
Marie, la bonne Angélique Leleux
Mise en scène Claude Enuset
Décors James Block
Costumes Françoise Van Thienen

QUELQUES PHOTOS

POUR EN SAVOIR PLUS

Interview de Claude Enuset

Quelle est votre impression par rapport à Harold et Maude ?

Le texte date de la fin des années 60. Cette histoire est arrivée au bon moment par rapport à l’époque, à cette période de remise en question. Mai 68, la révolution sexuelle, le mouvement hippies,… le thème développé dans le film, puis le roman et ensuite la pièce de théâtre parlait aux gens qui baignaient dans cette atmosphère.

Qu’est-ce qui justifie le choix de remonter cette pièce aujourd’hui ?

Je crois qu’elle parle toujours autant à ceux qui la découvre, elle est toujours d’actualité, très pertinente, ne serait-ce que par le point de vue de Maude, son attitude face aux autres, à la société, au monde.

On peut lire cette oeuvre à la lumière de ce qui se passe ces dernières années; l’altermondialisme, par exemple, tout ce mouvement de contestation antilibéral, il y a de ça dans Harold et Maude. Je crois que c’est très parlant de voir que la société, représentée par le prêtre et le docteur, est complètement archaïque, figée sur des principes ; « Comment faut-il vivre ? », « Comment faut-il aimer ? », « Qui faut-il aimer, qu’est-il possible de faire, de ne pas faire ? ». Je pense vraiment que la pièce est toujours très pertinente aujourd’hui.

Je crois aussi que la pièce a quelques ressorts mélodramatiques; elle touche à des sentiments très forts. Elle balance entre l’humour, le rêve et le mélodrame.

Le film et le roman influencent-il votre travail de mise en scène ?

Non, pas du tout. Le cinéma a des manières de raconter qui lui sont propres. Les moyens de narration sont différents au théâtre. Le point de vue, déjà, est unique puisque les spectateurs sont assis dans un seul axe.

Comment envisagez-vous la mise en scène de cette pièce ?

J’ai envie d’aller vers quelque chose qui soit de l’ordre de la fable, du conte de fée. On va pouvoir donner, je pense et j’espère, un côté un peu décalé, qui fait qu’on n’est pas dans la reproduction d’un univers réaliste, mais dans quelque chose de théâtral, étrange, saugrenu, illogique, onirique.

Pour moi Harold et Maude, c’est un rêve éveillé, une utopie théâtrale. Je vais traiter le spectacle au travers de Harold comme si c’était lui qui fantasmait cette histoire, comme s’il s’inventait un avenir possible. Du coup, on va pouvoir utiliser un décor tout à fait particulier, où les logiques se bousculent, où les espaces se mélangent et dans lequel Harold sera comme le metteur en scène de son propre rêve.

L’ AUTEUR

Colin Higgins

 

Colin Higgins (1941-1988) est un metteur en scène américain. Il est auteur du scénario du film Harold et Maude, sorti en 1972 et qui a connu un vif succès. De ce scénario, Colin Higgins a tiré un roman, puis une pièce qui a été adaptée en français par Jean-Claude Carrière et mise en scène par Jean-Louis Barrault. Cette adaptation théâtrale a elle-même connu un grand succès.

Colin Higgins eut l’idée d’écrire Harold et Maude en 1969, alors qu’il était encore étudiant à l’université de Californie à Los Angeles (UCLA), dans le département d’études cinématographiques. Il devait présenter un scénario d’une vingtaine de minutes pour obtenir son diplôme. Il montra son travail achevé à sa logeuse, femme d’un producteur de cinéma. Celle-ci, convaincue de l’originalité du sujet, proposa à son locataire de fonder avec lui une maison de production afin de réaliser un long métrage. Colin Higgins étoffa son projet initial. La version allongée de son script servit de base au réalisateur Hal Ashby, qui porta donc Harold et Maude à l’écran en 1971. L’actrice Ruth Gordon et le jeune Bud Cork y tenaient les rôles principaux. Le film ne recueillit que peu d’échos auprès de la critique et passa plus ou moins inaperçu lors de sa sortie. Il fallut le temps du bouche à oreille pour qu’il connaisse en définitive une seconde carrière. Sur les campus américains, notamment, le succès qu’il rencontra en fit même un cult movie, pour employer la terminologie américaine.

La pièce

Grâce au succès du film, ‘Harold et Maude’ trouva en 1973 un nouveau prolongement. Cet hymne à la vie avait en effet de quoi séduire Jean-Louis Barrault et Madeleine Renaud, qui décidèrent d’en faire une adaptation théâtrale.

Colin Higgins avait eu des contacts avec la France dès son plus jeune âge. Né en 1941, de parents américain et australien, dans une île française du Pacifique, à Nouméa, il étudia le français dans un lycée de Sydney, puis suivit un cours de civilisation française à la Sorbonne. «A ma grande surprise, raconte-t-il, c’est le film [Harold et Maude] qui me ramena encore une fois sur le sentier de la langue française. Je reçus d’abord un exemplaire du roman qui avait été traduit en français. Puis les échos du succès remporté par le film à Paris parvinrent jusqu’à moi. Et enfin, je reçus un appel téléphonique d’une productrice française qui me proposait d’écrire, à partir de mon scénario, une pièce destinée à Madeleine Renaud et Jean-Louis Barrault. »

Adaptée en français par Jean-Claude Carrière, la pièce fut créée à Bordeaux en 1973, puis jouée à Paris au théâtre Récamier. Madeleine Renaud y triompha à plus de quatre cents reprises. Elle déclarait dans la pièce, « Moi aussi, j’ai mon arme : ma tendresse ».

Jean-Louis Barrault avait été séduit par le personnage de Maude («L’image même de la religion de la vie»), par la relation qu’elle établit avec son jeune ami et par l’aspect peu habituel de leurs aventures. Il remarquait : «Au cours de tribulations d’apparences farfelues, surnaturelles, oniriques comme celles d’Alice au pays des merveilles, cette vieille enfant « adorable » insuffle à cet enfant mal orienté le goût de la vie, une vie poétique, une vie non conformiste.» Il ajoutait : «Ni les dix-neuf années fripées d’Harold ni les nombreuses années intensément vécues par Maude n’empêcheront nos deux « héros » de se rejoindre et de s’aimer au stade supérieur de la Suprême Enfance. »

Jean-Louis Barrault fait allusion à Lewis Carroll. Comme l’auteur d’Alice, qu’il cite en épigraphe, Colin Higgins invente des situations rocambolesques, qui traduisent un décalage permanent entre la vie hors normes de la vieille dame et la réalité. Ainsi naît une forme particulière d’humour. Mais si certaines scènes sont très drôles, cette histoire d’amour nous fait passer du rire aux larmes, oscillant constamment entre l’excentricité, le rêve et la tendresse. Colin Higgins nous incite, au passage, à la réflexion, laissant à chacun le soin de s’inspirer des diverses facettes du comportement de cette femme étonnante, fantasque et rebelle, marquée à jamais par les atrocités de la guerre, à la fois douce et violente, lucide et douée de la vertu d’innocence. La pensée de Maude est loin de s’imposer d’emblée à Harold et Colin Higgins maintient le suspense : l’issue du « match mort-vie », pour reprendre les termes de Jean-Louis Barrault, reste en effet constamment incertaine.

Pour Maude, la cause est entendue depuis longtemps. Elle a choisi la date de son quatre-vingtième anniversaire pour tenter une nouvelle et ultime expérience. Elle y a fait allusion à plusieurs reprises, mais Harold ne l’a pas entendue. Pour lui, le combat est beaucoup plus délicat. Au moment où nous le croyions débarrassé de ses pensées neurasthéniques, nous le retrouvons bouleversé par la perte de la seule personne à qui il ait jamais dit «je vous aime ».