De Jean-Claude IslertDu 10 septembre au 5 octobre 2008

« Délit de fuites », c’est un texte hyper efficace, du divertissement pur jus avec ce que cela comporte d’invraisemblances mais aussi de folie, de coups de théâtre, de visites inopportunes et de rebondissements.

Michel Bervin a porté les valises d’un homme politique bien connu. Après la découverte d’un scandale, Michel a accepté de porter le chapeau et s’est exilé dans une île lointaine. Sans aucune reconnaissance de son ami…

CALENDRIER DES REPRÉSENTATIONS

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représentation en matinée (15h)
représentation en soirée (20h15)

DISTRIBUTION

Michel Bervin Pascal Racan
Jacques Leroy Michel Poncelet
Lucie, femme de Bervin Marie-Paule Kumps
La mère Nicole Shirer
Camille, femme de Leroy Angélique Leleux
Christelle Julie Duroisin
L’homme en noir Samuel Seynave
Mise en scène Martine Willequet
Décors Francesco Deleo
Costumes Fabienne Miessen

QUELQUES PHOTOS

POUR EN SAVOIR PLUS

Du rythme et, surtout, de l’affectif.

Interview de Martine Willequet

À quel type de théâtre s’apparente la pièce Délit de fuites ?

C’est une comédie, qui n’a d’autre prétention que de divertir. Sa particularité réside dans sa construction : elle est élaborée autour de moments qui permettent au comédien principal de faire ce qui s’apparente à des ‘numéros d’acteurs’. Je ne sais pas si Jean-Claude Islert a écrit le texte en pensant à un interprète en particulier, mais le résultat est avant tout une matière à jouer.

Il fallait un acteur de la trempe de Pascal Racan pour l’incarner : un acteur doué, comme lui, d’une virtuosité exceptionnelle, de fantaisie et d’une imagination abondante, tout simplement d’un talent imbattable pour ce genre de théâtre.

Délit de fuites n’est pas très éloignée des pièces anglo-saxonnes, d’après moi, du point de vue de sa construction : elle démarre sur un mensonge qui fera boule de neige. Le premier en amène un second, qui lui-même oblige le protagoniste à en faire un troisième. Les quiproquos s’ajoutent les uns aux autres, se télescopent. Pris dans le piège de ses propres inventions, le personnage principal est obligé d’avoir recours à toute son imagination et à tout son art de la duperie pour se dépêtrer d’une situation qui semble de plus en plus inextricable.

Ces personnages ont-ils une profondeur, une dimension humaine à laquelle le spectateur puisse s’identifier ?

Ma conviction de metteur en scène est que même dans la pièce la plus légère, il y a toujours une épaisseur humaine sous-jacente. Les personnages ne sont jamais des marionnettes qu’on manipule en tirant sur des ficelles. Et c’est cela qui m’intéresse, en tant que metteur en scène : montrer les rapports qui lient les personnages les uns aux autres, même s’ils sont ténus. Mettre le doigt sur leurs états d’âme.

Dans cette pièce, on est confronté à deux couples en rupture. Même si ces ruptures sont traitées sur le mode comique, je ne conçois pas de gérer ces situations avec une légèreté totale. C’est intéressant, par exemple, d’avoir de temps en temps un regard, une intonation, où se lit une certaine souffrance, de la douleur, en arrière-plan. Toute proportion gardée, évidemment ! On n’est pas dans Shakespeare !

Comment fait-on apparaître cette profondeur dans une pièce où le rythme est à ce point endiablé ?

La sensibilité, ce sont les acteurs qui l’apportent, chacun avec son propre univers !

Dans notre travail, nous privilégions bien entendu le respect de l’œuvre : dans la pièce, ça entre, ça sort, les gens se retrouvent nez à nez alors qu’ils ne devaient pas se rencontrer… Cette succession rocambolesque de situations à l’allure, parfois, invraisemblable… nous ne la trahirons pas. Mais si, par moments, par petites touches, on saupoudre le tout d’éléments plus émotionnels, qui révèlent une certaine profondeur, on rend automatiquement les personnages plus attachants. Et le public peut alors s’identifier à eux.

Prenons le personnage de la Maman, par exemple. On se moque beaucoup d’elle, dans la pièce, parce qu’elle est encombrante, qu’elle arrive chaque fois comme un cheveu dans la soupe. Si le personnage ne montrait pas, de temps en temps, un côté vulnérable, l’effet relèverait de la moquerie, voire de la méchanceté. Alors que les failles du personnage la rendent touchante et font qu’on a envie d’être avec elle plutôt que contre elle.

Ainsi, même si la pièce ne prétend pas faire l’analyse des comportements humains (ce n’est pas son objectif !), le fait de donner de l’épaisseur aux personnages, d’y insuffler de l’humanité en proposant quelque chose de crédible dans leurs relations, me paraît essentiel. La pièce est en effet truffée d’affectif : ces personnages, même s’ils se trompent les uns les autres, sont toujours prêts à se rendre service ! C’est tout cela que je souhaite montrer dans ma mise en scène.

Comment entraînez-vous les acteurs pour monter un spectacle où l’on rit de bout en bout ?

Dans une pièce drôle, le rythme est essentiel. Le succès dépend de la manière dont les acteurs le gèrent. Pascal Racan, à cet égard, est un acteur exemplaire de la technique du rire. Il a un sens du rythme hallucinant : il sait où placer un temps, un regard. Il sait jouer avec les rires du public. Par exemple : après avoir permis que le rire monte et fuse, il sait à quel moment le bloquer pour enchaîner. Il a une « maestria » fantastique dans ce domaine.

Je cite Pascal Racan parce qu’il a le rôle principal, mais tous les autres acteurs sont essentiels ; il va de soi qu’un comédien ne joue pas tout seul. Mal entouré, sa prestation ne relèverait que du numéro d’acteur. Et dans le cas présent, je suis comblée, la distribution est parfaite, tous les comédiens sont à l’aise dans ce type de répertoire : Michel Poncelet, dont le personnage est l’opposé de celui de Pascal Racan (dans la pièce, ils forment une paire : le roublard et le naïf), a aussi un vrai sens du comique. C’est également le cas de la jeune comédienne Julie Duroisin, sortie du conservatoire il y a peu de temps. Marie-Paule Kumps est drôlissime ; le comique est naturel, chez elle ! Nicole Shirer a énormément joué de pièces comiques. Angélique Leleux également. Tous sont très à l’écoute du travail de leurs partenaires. Cette qualité permet qu’on contruise ensemble la mise en scène. Le sens du comique, d’après moi, c’est inné.

Avec des acteurs qui ont de l’expérience, c’est facile à monter. On commence par la mise en place, c’est-à-dire les déplacements des personnages dans le décor, au fil des répliques. C’est un travail que j’ai d’ailleurs déjà fait en amont. Le rythme s’acquiert ensuite, à condition de placer judicieusement les moments où le temps est suspendu. Ce n’est que quand les acteurs n’ont plus besoin du soutien de la brochure pour dire leur texte, qu’on peut monter le rythme, de blocs rapides en blocs plus lents. Les regards entre les personnages jouent eux aussi un rôle très important dans la distribution du temps. À eux seuls, ils peuvent déclencher les rires, même sans texte ! Le personnage qui écoute, sur le plateau, est en effet un peu le reflet du public qui écoute dans la salle…