La presse parle d’Oleanna

Écrite en 1992, cette pièce de David Mamet détricote #Me Too avant même que #Me Too ne devienne un mouvement. Une pièce subtile et ambiguë, qui questionne le pouvoir et les privilèges sans jeter d’anathèmes. John, professeur d’université, est-il un quadragénaire affable et naïf ou un manipulateur pervers, imbu des privilèges patriarcaux qu’ils l’ont chouchouté jusque-là ? Et Carole ? Est-elle une jeune étudiante candide ou une arriviste obtuse et sans vergogne ? Un duel brillant, entre manipulation et provocation.
MAD

L’impeccable David Leclercq nimbe son personnage de tant d’empathie et d’honnêteté qu’il nous est difficile d’imaginer que le professeur a d’autres visées que l’épanouissement pédagogique de son élève. Oui mais voilà, tandis que Carol fond en larmes, parce qu’elle se sent limitée par son pauvre bagage académique, John va la prendre dans ses bras. Un geste platonique dans l’esprit du professeur, mais une grave violation d’intimité aux yeux de la jeune fille. Dans le rôle de Carol, Juliette Manneback opère une métamorphose bluffante, passant de l’élève timorée à une passionnaria intraitable, en croisade féroce contre le narcissisme arrogant de son prof et l’élite protégée et puissante qu’il représente. Dans une mise en scène de Fabrice Gardin, tout se joue dans la tension crescendo (jusqu’à l’acte irréversible) entre deux gladiateurs de la pensée. D’une complexité délicieuse, le débat nous balade sans cesse entre la compassion et l’agacement vis-à-vis des deux parties.
Le Soir

Mis en scène par Fabrice Gardin, David Leclercq et Juliette Manneback se voient prendre au piège de leurs contradictions. Interrompant constamment les phrases de l’autre, ils n’arrivent à se départir d’un dialogue de sourd qui met en évidence les différences culturelles, sociales et économiques qui séparent leurs personnages.
Focus Vif

Pour porter à la scène ce huis clos à la tension graduelle, Fabrice Gardin a joué la carte de la simplicité et de l’efficacité. Grâce au décor en gradins de l’auditoire – la scénographie a été imaginée par Lionel Lesire – il joue sur le positionnement physique (John debout, Carol assise ; lui en bas du gradin, elle en haut de l’auditoire ; assis côte à côte, etc.) des deux protagonistes qui évolue et varie au fil du texte, selon l’emprise de l’un sur l’autre. Il utilise également un immense plafonnier lumineux qui descend vers le plateau : l’espace de crise s’en trouve resserré et l’atmosphère oppressante renforcée.
Pièce à texte, Oleanna trouve ici la mise en scène idoine qui permet, avant de regarder ce qu’il se passe sur scène, d’écouter les arguments des deux parties qui s’entrechoquent, et de se rendre compte que, dans tout conflit, rien n’est jamais totalement noir ou blanc.
La Libre